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Délectables instants

autin5.jpgL'éternité est inutile

Pierre Autin-Grenier
Gallimard, L'Arpenteur, 2002     

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Un jour, Pierre Autin-Grenier, après avoir tâté de différents métiers auxquels seule une destinée mesquine semblait le vouer, et avoir finalement opté pour le métier d'auteur de "chronique douce-amère des saisons et des jours", Pierre Autin-Grenier donc (ou en tout cas celui qui, sous sa plume, parle de soi à la première personne) eut l'idée de posséder un beau bureau, instrument et emblème de sa vocation. Le Centre national du livre, sollicité, eut la "générosité" de financer l'exécution de cette " pièce unique ", ce pourquoi l'auteur lui adresse en toutes lettres sa reconnaissance.

Faisons-le nous aussi. Car c'est de ce bureau, vraisemblablement, que nous sont envoyés les 17 récits de L'éternité est inutile. Des matins cafardeux inaugurant des journées qui se traînent entre une campagne sans horizon et une société marchande sans perspective aux vastes rêves qui chamboulent l'univers et ses habitants, qui révolutionnent le passé et l'avenir - et pourquoi pas le présent - , en passant par les petits gestes qui fendillent ne serait-ce qu'un instant le brouillard de la vie quotidienne, nous suivons les méandres d'une existence où le poids du réel s'accroche aux ailes de l'imaginaire : " Jour et nuit depuis, d'une planète l'autre, ainsi s'évade et s'invente ma vie, tantôt pour de vrai, tantôt pour de rire, comme au théâtre ".

Nous entrons dans un monde où la proclamation récurrente de l'inutilité de l'éternité, comme de la vanité de la bourse de New York ou de Tokyo, du CAC 40 et de l'indice Nikkei, ponctue des promenades à la fois grandioses et modestes entre rêves, doutes et souvenirs, entre exploits à la Blériot, moments d'amour et ambition d'insecte : " C'est comme ça que mettant un pied devant l'autre et encore bizarrement d'aplomb sur mes deux jambes, j'en viens parfois tout doucement à me demander au cours de mes rêveries par quel étrange phénomène je me suis trouvé involontairement mêlé à l'aventure humaine, ce que je suis venu faire parmi vous, si brillants d'esprit et de grâce si distinguée, sachant accorder à merveille les participes passés et cuisiner pareillement la lotte à l'américaine, moi qui n'ai même pas les yeux bleus ni même un petit je ne sais quoi du charme de la coccinelle ".

Voilà qui nous vaut des instants délectables de lecture, promis par des titres alléchants (au hasard : " Le cri inutile de la crevette ", " L'intranquillité par le presse-agrumes électrique ", " La campagne, les marchands de machins et les adventistes du septième jour ", " Une entrecôte drôlement politisée ", " Loin des cannibales "...), le tout à se mettre en bouche lentement, à savourer comme un latricières-chambertin bien décanté en pichet ou comme un ris de veau en cassolette et, tout compte fait, comme un objet artistique qui, bouleversant nos vues, peut nous faire dire à la manière de ceux qui " font la nique à l'ordre établi " : " Nous croyons en nos rêves ". Car l'écriture est là, le mot choisi et choyé, la phrase peaufinée, le paragraphe ample, l'image à la fois précise et inattendue, parlante et étincelante, qui guette le lecteur au coin des pages, le surprend et le séduit.

Après d'autres œuvres poétiques et narratives, après la trilogie - à paraître bientôt, paraît-il, en Folio - composée de Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée et L'éternité est inutile, espérons avec l'impatience des enfants d'autres histoires de cet acabit qui pourront continuer à titiller notre imagination. L'auteur nous le promet : " Je raconterai tout cela dans mon prochain livre ".

http://www.remue.net/auteurs/autingrenier1.html

http://www.gallimard.fr/

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