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Géographie littéraire

gard.jpgBalade dans le Gard, sur les pas des écrivains
Sous la direction de Bernard Bastide, préface de Christian Giudicelli - Editions Alexandrines, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

La promenade va s’effectuer dans un département qui marie, comme Christian Giudicelli le dit dans la préface à propos de Nîmes, « un charme italien à une austérité huguenote », et qui permet de passer des montagnes cévenoles à la mer, en faisant étape dans la garrigue. On le sait, les écrivains sont les meilleurs guides pour faire goûter non seulement la saveur des lieux, mais aussi leur histoire, leurs secrets, et même leur imaginaire. Cette Balade dans le Gard propose une belle alliance de la géographie et de la littérature, qui toutes deux se répondent, se font écho, aidées en cela par les textes des écrivains eux-mêmes (natifs, d’adoption ou de passage), par les biographies détaillées (toutes confiées à des spécialistes) et par l’iconographie (photos évocatrices des lieux et des auteurs).

La diversité des écrivains reflète celle des paysages. Certes, les villes comme Nîmes, et dans un moindre mesure Uzès, ont le privilège du nombre et de la notoriété : Racine, pour un instant de sa jeunesse, et Gide, dont la famille paternelle y était notoirement implantée, se partagent la gloire littéraire d’Uzès – sans que l’on oublie Jean-Jacques Brousson ou, non loin de là, François Nourissier au château d’Arpaillargues ; à Nîmes, Alphonse Daudet, enfant du pays, et Guillaume Apollinaire, qui y fut soldat et amoureux de Lou, n’éclipsent pas complètement Jean Reboul, Marc Bernard, Christian Ligier et a fortiori Jean Paulhan. On rencontre avec émotion Stevenson arrivant à Saint-Jean du Gard, au terme d’un voyage devenu initiatique, Lawrence Durrell établi à Sommières, André Chamson reliant, un peu comme le fait Ysabelle Lacamp, le Gard au reste du monde… On se rappelle avec une sorte de satisfaction qu’Antoine Rivarol, le premier théoricien de ce qui deviendra la « francophonie », « est un fils de Bagnols-sur-Cèze ».

 

Découvertes et redécouvertes sont l’un des grands mérites de l’ouvrage, comme de tous ceux de la collection. En outre, quelques vraies questions sont soumises au lecteur : revenir chez soi relève-t-il de la quête des racines, comme semble le penser Jean-Pierre Chabrol, ou est-ce la manifestation d’un simple attachement, comme le dit Jean-Pierre Milovanoff ? Interrogation plus cruciale : comment le prix Goncourt attribué en 1972 à Jean Carrière l’a-t-il ravalé au rang des littérateurs régionalistes, alors qu’il est un romancier de portée universelle ?

Au fil de la randonnée, tous les écrivains recensés ont été comme naturellement cités, ou presque. Reste à évoquer Raymond Lasserre à Aigues-Mortes et Pierre Combescot tout près, au Cailar, dont les textes présentés sont, dans des registres radicalement différents, des hymnes à leur localité de naissance ou d’adoption. Et pour finir, quelques pages de littérature occitane (ou provençale ?) rappellent que la langue d’oïl n’a pas toujours été celle de la littérature française.

Matière romanesque, poétique ou documentaire, le Gard devient, sous la plume des écrivains, lieu littéraire chargé d’histoire et de culture. Cet itinéraire « sur les pas des écrivains » dépasse largement la vision touristique ; à le suivre, ce sont la mémoire et l’imagination qui sont sollicitées.

 

 

http://www.alexandrines.fr/

 

http://www.tourismegard.com/

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