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La liberté, et quoi d’autre ?

grondahl.jpgPiazza Bucarest
Jens Christian Grondahl

traduit du danois par Alain Gnaedig
Folio, 2008 (Gallimard, 2007)

 

 (par Jean-Pierre Longre)

 

Ce roman de l’un des écrivains les plus en vue actuellement en Europe explore les relations complexes d’un photographe américain résidant au Danemark et d’une jeune Roumaine. Sans préméditation, sur une sorte de coup de tête, Scott, au cours d’un voyage professionnel dans la Roumanie de 1988, propose à Elena le mariage qui lui permettra de fuir la dictature de Ceausescu. Mariage blanc ? Elan amoureux ? Peu à peu, le narrateur, ami de Scott, nous dévoile ce que lui-même a appris de la bouche de l’homme, puis de la jeune femme : son passé tourmenté qui n’est pas sans conséquences sur le présent et l’avenir.

La narration des événements, dans un va-et-vient constant entre naguère et aujourd’hui, entre Est et Ouest, entre Nord et Sud, se construit sur la parole des personnages et leurs différents points de vue. Elle est ainsi porteuse d’autre chose que d’elle-même ; sa structure recèle des considérations sur la création et sur l’existence des personnages (réels ? fictifs ?), sur les «spectres ténus de l’imagination » : « Scott et Elena sont déjà réels avant que je ne me mette à écrire sur eux. Il ne m’est pas permis de les voir apparaître comme des revenants de mes propres suppositions et de mes rêveries sur fond d’endroits connus. Ils sont déjà dans les rues de Bucarest et dans la voiture qui les conduit à travers la Roumanie ; c’est moi qui n’étais pas là. Les lieux sont aussi transparents que les hypothèses que j’émets en regardant cet homme et cette femme que j’ai connus, dans l’acception convenue du mot ».

Au-delà de la réflexion sur le système romanesque, les aventures de l’Américain et de la Roumaine dans une Europe à la fois tournée vers le passé et en pleine mutation déclenchent, dans l’esprit du lecteur comme dans celui du narrateur, une confrontation entre histoires et Histoire (« la somme inconnue des histoires que les gens se racontent sur eux-mêmes et sur les autres, une cacophonie de voix qui ne cessent de se couper la parole »), et aussi (surtout sans doute) une méditation sur la liberté – cette liberté que l’on cherche en fuyant un régime totalitaire excluant toute perspective d’avenir, mais que l’on ne sait plus comment employer quand on l’a trouvée. Et la trouve-t-on vraiment ? La liberté de penser, la liberté de s’exprimer, la liberté de voyager, de franchir les frontières, d’aimer ou de ne pas aimer, qui pourtant ne résout pas tout, laissant Elena (ainsi que le narrateur et le lecteur) avec ses questions. « Il doit y avoir autre chose, mais où ? »

http://www.gallimard.fr

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