30.11.2008
Notre chaos politique
Coriolan
William Shakespeare
Mise en scène de Christian Schiaretti
Créée en novembre 2006 au TNP, Villeurbanne
Reprise de la pièce en novembre-décembre 2008 au Théâtre Nanterre-Amandiers.
Cycle de débats, conférences, projections et lecture : “La fin de la démocratie ?” Autour de Coriolan (Shakespeare/Schiaretti) - Un contrechamp conçu et animé par Gérald Garutti ; les lundi 8 et mercredi 10 décembre 2008 de 14h à 19h30 à la Cité Internationale Universitaire de Paris (Collège Franco-Britannique), le samedi 13 décembre de 13h à 18h au Théâtre Nanterre-Amandiers.
(par Nicolas Cavaillès)
Drame politique d’une stimulante complexité, Coriolan montre l’ascension puis les revers d’un guerrier invincible et inflexible, Caïus Martius Coriolan, héros trouble que Shakespeare oppose à un peuple et à une classe politique et aristocratique non moins troubles. C’est Wladimir Yurdanoff, égal dans l’excellence, qui profère la rage de Coriolan, au centre d’une impressionnante distribution, Christian Schiaretti rassemblant 30 comédiens, et non des moins connus (on retrouve ainsi Roland Bertin, Nada Strancar), pour son Coriolan résolument grand spectacle. Mise en scène épique et souple de la lutte des classes, dans un vif souci du texte, baigné de pénombres colorées comme les affectionne Schiaretti, ce Coriolan a le rare mérite de détourner le théâtre de lui-même et de son nombril de vendu, pour le diriger vers le public et vers le monde réel ; et la pièce de Shakespeare, tableau vertigineux, chaotique, de l’organisation politique du monde, épouse à merveille cette cause, tant la portée de ce drame latin dépasse largement le cadre de la décadence romaine, et s’offre de plain-pied avec la décadence contemporaine.
19:15 Ecrit par sitartmag dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, shakespeare, coriolan, christian schiaretti, théâtre national populaire, nicolas cavaillès
La vie en vers
Transatlantique
Daniel Labedan
Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2008
(par Jean-Pierre Longre)
Au-delà des mers, dans les pays du Sud, les espaces naturels et urbains forment comme des toiles de fond pour courts-métrages et clichés saisissant la vie telle qu’elle est, sans fioritures ni arrangements esthétiques, au risque d’estomper les reliefs,
« comme la photo d’une maison
en lieu et place d’une vraie maison ».
Daniel Labedan fait de chaque poème une tranche d’existence, de la même manière qu’Apollinaire, par exemple, saisissait telle conversation, telle scène quotidienne et la transcrivait sous forme de poème.
01:05 Ecrit par sitartmag dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, carnets du dessert de lune, daniel labedan, jean-pierre longre
L’obsession et l’obstination d’une mère
Ailleurs, plus loin
Amy Bloom
Traduit de l’anglais (U.S.A) par Michèle Lévy-Bram
Belfond, 2008
(par Jacques Chesnel)
Que faire lorsqu’une jeune mère juive russe apprend que sa fille est vivante quelque part en Sibérie alors qu’elle la croyait tuée avec toute sa famille lors d’un progrom en 1924 ?… tandis qu’elle a trouvé refuge à New York, s’y est établi et a recommencé à vivre. Partir illico, sans un sou vaillant, avec une carte de l’Ouest du continent nord-américain donnée par un amoureux et cousue dans son manteau, traverser le pays, des bas-fonds du Lower East Side jusqu’en Alaska et le détroit de Béring pour rejoindre la Sibérie orientale.
00:47 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, amy bloom, beldond, sibérie, jacques chesnel
29.11.2008
Archéofuturisme
Les Ruines de Paris en 4908
Alfred Franklin
L'Arbre vengeur, 2008
(par Frédéric Saenen)
On ne se méfie jamais assez des bibliothécaires. Quand ils ne s’amusent pas à empoisonner le coin des pages des ouvrages sulfureux ou à se débaucher égoïstement dans l’Enfer dont on leur a confié la clef, ils affabulent, inventent des livres qui n’existent pas, signalent des cotes introuvables et échafaudent des uchronies apocryphes.
Là résidait sans doute le plaisir majeur d’Alfred Franklin (1831-1917) qui fut longtemps Conservateur de la prestigieuse Mazarine, mais aussi typographe à ses heures. Dans l’une de ses nombreuses brochures, joliment rééditée par les Éditions de l’Arbre vengeur, Franklin imagine sur quoi tomberait les archéologues partis à la recherche des ruines de l’antique cité de Paris… en 4908 !
12:40 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : uchronie, alfred franklin, l'arbre vengeur, frédéric saenen
Paroles échappées de Mai
Mai 68. Soyons réalistes, demandons l’impossible
Philippe Godard
Syros, collection « Les documents », 2008
(par Olivier Orain)
Ce recueil de réflexions autobiographiques (cinq au total) s’inscrit dans un mouvement de « retour aux sources » de Mai 68, qui essaie de s’affranchir des discours idéologiques abstraits pour serrer au plus près les expériences vécues. Les témoins choisis par Philippe Godard ne sont ni de parfaits inconnus (comme dans le livre de Nicolas Daum, Mai 68 raconté par des anonymes aux éditions Amsterdam) ni les vedettes obligées que l’on retrouve un peu partout (Daniel Cohn-Bendit, Serge July, etc.). L’ouvrage est accompagné par la chronologie de rigueur, quelques images (photographies, affiches) et une bibliographie qui fait la part belle aux souvenirs militants, un peu au détriment des références savantes.
00:10 Ecrit par sitartmag dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mai 68, témoignages, philippe godard, autobiographie, syros, raoul vaneigem, olivier orain
28.11.2008
Refusez de la faire
Les deux soldats
Michel Piquemal, illustrations de Julien Billaudeau
Rue du monde (collection Pas comme les autres), 2008
A partir de 5 ans
(par Myriam Gallot)
Ils étaient deux « braves gars », celui de chez nous s’appelait Thomas, celui de là-bas Tibo. Tous deux goûtaient la vie, aimaient la nature et une belle jeune fille de leur pays. Tous deux moururent au front, sacrifiés par la mère patrie, absurdement opposés l’un à l’autre. Sans savoir qu’ils étaient frères. C’était il y a 90 ans. C’était la première guerre mondiale, racontée aux enfants avec des mots simples, dans cet album-miroir aux couleurs de fraternité et de poésie.
Mais ce sont aussi toutes les guerres, dont les bénéfices reviennent aux puissants. La manipulation et la souffrance seront toujours dans les deux camps et il n’y aura jamais qu’un vainqueur : les marchands d’armes scandaleusement enrichis sur le sang des « petits gars d’ici et de là-bas ». Du moins jusqu’au jour où les « petits gars » refuseront d’y aller et préfèreront « compter les étoiles réunies, celles de là-bas et celles d’ici, dans le grand mystère de la nuit ». Un message de paix universel porté par les illustrations-collages vibrantes, au style très personnel d’un tout jeune artiste-dessinateur, Julien Billaudeau, et les rimes de Michel Piquemal.
Présentation de la maison d'édition Rue du monde
12:00 Ecrit par sitartmag dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre, album jeunesse, michel piquemal, julien billaudeau, rue du monde, myriam gallot
Fragmenter le naturaliste
Thérèse Raquin
d'après Émile Zola
Mise en scène de Philippe Faure
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
21-29 novembre, 9-19 décembre 2008
(par Nicolas Cavaillès)
C’est à la transformation du célèbre roman de Zola en petit conte morbide que s’est essayé Philippe Faure pour sa Thérèse Raquin, proposant un enchaînement de moments clefs et de dialogues symboliques fondus dans les alternances binaires d’une lumière crue – le lit sans étreintes et le sol des tourments. Purger Zola le truculent, est-ce lui bien rendre hommage ? La difficulté de la simplification narrative trouve souvent sa réponse dans des spectacles à la pâleur squelettique, à la Carmelo Bene, expérimentaux et périlleux.
01:42 Ecrit par sitartmag dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thérèse raquin, émile zola, philippe faure, naturalisme, théâtre de la croix-rousse, nicolas cavaillès
27.11.2008
La batterie pense elle aussi
Drums immersion
Gérard Siracusa
(Radio France, Signature SIG 11065; distr. Harmonia Mundi HM CD 83
(par Jacques Chesnel)
Gérard Siracusa un inconnu, loin de là ; né en 1957 à Tunis, il participe à Marseille en 1978 à la création du GRIM (Groupe de Recherche et d’Improvisation Musicales) qu’il quittera sept ans plus tard, collabore à divers projets dont le Tour de France de Louis Sclavis, fait partie de l’ensemble Musique Vivante de Diégo Masson et du groupe Un Drame Musical Instantané. Particularité, et non des moindres, il est bien le premier percussionniste improvisateur français à enregistrer tout un disque en solo, Jardins de paille (1983). Il a travaillé avec de nombreux réalisateurs de radio (France Culture) et avec des comédiens et des écrivains.
00:05 Ecrit par sitartmag dans Musiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jazz, gérard siracusa, batterie, radio france, jacques chesnel
26.11.2008
Saloperie d’existence
Ceux qui n’en mènent pas large
Jean-Pierre Martinet
Le Dilettante, 2008
(par Jean-Pierre Longre)
Sur la couverture du livre, un dessin de Tardi en noir et blanc campe non seulement l’atmosphère, mais, peut-on dire, la réalité de ce roman aussi fulgurant que désespéré : la tête entre les mains, un homme – Georges Maman, le (très) anti-héros – fait face à son imposant Frigidaire, que l’on devine aussi vide que le compte en banque de son propriétaire (il s’avérera que ce Frigidaire n’est pas tout à fait vide, puisqu’il contient le dénouement du récit). Entre eux, quelques bouteilles de mauvais vin, une boîte de Canigou, le paysage déprimant d’une cuisine inutile.
12:04 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : francophone, jean-pierre martinet, le dilettante, jean-pierre longre, henri calet
Un apprentissage doux-amer
La Petite Cloche au son grêle
Paul Vacca
Philippe Rey, 2008
(par Joannic Arnoi)
Cela se passe dans une bourgade du nord de la France, « le long de la Solène, la tendre Solène qui coule entre les villas fleuries de la bourgeoisie de Montigny ». Le narrateur, fils unique d’« Aldo » et « Paola », a treize ans à l’époque et des origines plutôt plébéiennes : ses parents tiennent un café où tout est « bleu, de la couleur des tenues de travail des clients qui se massent en une bourdonnante mêlée autour du comptoir ». Car à Montigny, la rivière sépare les « deux côtés » qui se regardent en chien de faïence. Mais l’horizon premier de l’adolescent, c’est d’abord une complicité sans tâche avec sa mère, et, de plus en plus, une attraction irrésistible pour « le monde mystérieux des femmes ».
L’histoire se noue autour d’un exemplaire de Du côté de chez Swann, oublié par Suzanne Maréchal, une actrice, célébrité locale de la petite ville. Le jeune narrateur s’est emparé du livre abandonné, qui semble lui offrir un passage secret vers cette femme inaccessible qui le trouble. Mais quand Paola découvre le larcin, c’est son rêve d’avoir un fils écrivain qui se trouve conforté, malgré des résultats scolaires calamiteux. Proust devient la grande affaire du triangle familial : miroir des fantasmagories du fils, symbole pour la mère, source d’anxiétés pour le père. De cette rencontre improbable chacun ressortira transformé.
00:02 Ecrit par sitartmag dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, récit d'apprentissage, paul vacca, philippe rey, joannic arnoi





































