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Un autre tout petit monde

affaire.jpgL’Affaire Karen

Mañas José Angel

traduction de l’espagnol par Jean-François Carcelen et Jean Vila - Éditions Métailié, 2008

 

(par Samia Hammami)

 

Karen del Korad est une belle trentenaire très dynamique au charme de qui les représentants de la gent masculine succombent automatiquement. Avec un premier roman à succès, cette séductrice à l’esprit vif a rapidement trouvé son public et gagné les lauriers de la critique. Il ne lui reste qu’à finaliser son deuxième opus s’inscrivant dans une veine plus autobiographique et qui, de l’avis général, rencontrera aussi un engouement immédiat. Dans l’espoir de se ressourcer un peu, la récente coqueluche du Tout Madrid a pris la décision de s’exiler quelque temps à Miami. La veille de son départ, elle organise alors une petite sauterie chez elle, où elle convie tous ceux qui la courtisent : prétendants, éditeurs, agents, créateurs, amis… Amis ?

En effet, dans ce microcosme fourmillant de littéreux pétris d’envie, de frustration et de soif de reconnaissance, les « amis » existent-ils ? Et lorsque l’hôtesse souriante du soir se révèle être une croqueuse d’hommes ne s’embarrassant d’aucune considération morale et foulant de ses talons pointus la fidélité et l’honnêteté envers ses proches, les « amis » sont-ils sincères ? Enfin, quand l’ambition est telle que la propriété intellectuelle et l’inspiration personnelle vous deviennent des concepts étrangers, les « amis » vous veulent-ils vraiment du bien ?

La réponse à ces questions est susceptible d’ouvrir de nouvelles pistes aux enquêteurs Duarte et Pacheco, sur les dents depuis la découverte, au lendemain de la fête d’adieu, du corps inerte de l’artiste en bas de son immeuble. Accident, suicide ou meurtre par défenestration ? Au fil de leurs investigations, ce duo improbable (l’un est marginal, homosexuel et cocaïnomane, tandis que l’autre est marié, volage et en souffrance dans ses ornières conventionnelles) va être contraint de s’immerger dans le petit monde des lettres… où tout n’est pas à calligraphier en majuscule.

 

Dans L’Affaire Karen, José Angel Mañas scrute le destin gâché d’un écrivain dépressif, outrancier et fêlé parmi ses pairs, à travers des interrogatoires policiers, des confidences de familiers (respectés ou trahis), d’amants (passés, futurs, éconduits) et d’un énigmatique « Auteur », ainsi que de la thèse de Tino (grâce à qui on chatouille, au passage, les théories narratologiques d’un Gérard Genette !) et des extraits du Monde de K (le best-seller de Karen). La trame du récit se construit donc à la manière d’un kaléidoscope. La vie et la personnalité de Karen, tout comme des pans de celles des satellites gravitant autour d’elle, sont mis en ombre et en lumière. Cette œuvre déstructurée, qui questionne en filigrane la création romanesque actuelle, pèche peut-être par son côté résolument excessif, tant au niveau des protagonistes que de son éclatement narratif qui conduit à une fin paradoxalement trop attendue…

 

http://www.editions-metailie.com

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