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Art culinaire, art poétique

arton2846.jpgLe presque rien nourrissant
Dan Arsenie

Françoise Truffaut éditions

(par Jean-Pierre Longre)

 

En guise de mise en bouche, Mihaï Sora mesure dans sa préface la portée du livre : « Manger et boire, voir et concevoir, penser et parler, ce sont là autant de voies d’accès à ce qu’il y a de plus sacré au tréfonds de nous, et qui est le fait même que l’on est (à condition que ce soit pour de bon…) ». L’enjeu profondément humain des textes de Dan Arsenie est lié non seulement au sujet, la nourriture, mais aussi à la manière dont il est traité : des textes d’une à quelques pages, où le poétique le dispute au philosophique, au pratique, au narratif, à l’existentiel…

Le principe est immuable : un titre, une ou plusieurs questions (sur « l’acte de manger », celui de confectionner un repas, les rapports du « manger » avec les autres activités humaines etc.), une prose en guise de réponse. Ce jeu des questions-réponses engage une écriture mêlant la réflexion à l’art, et pas seulement l’art culinaire : le collage surréaliste (« tout peut devenir nourriture », fleurs, danse, cinéma, paysage…), le conte (comment confectionner une « soupe de caillou », le fin du fin dans le domaine du « presque rien »), les synesthésies (le goût n’intervient pas seul dans l’absorption de nourriture), le théâtre (une recette peut être une véritable comédie), le rêve, l’érotisme, la surprise, l’humour verbal (le « langage culinaire » comme matière à « exercices de style »), l’essai, les souvenirs…

De même que Flaubert projetait d’écrire un « livre sur rien », Dan Arsenie propose la cuisine du rien (ou presque) : le summum de l’art de vivre, c’est de cuisiner avec le très peu, et d’en faire un festin. Les recettes qui complètent l’ensemble le prouvent, dont plusieurs introduisent le minimalisme à la cuisine, la « pauvreté joyeuse » consistant à « marier une ou deux saveurs dans le palais », à préparer une « purée d’orties », des « tomates farcies de pain blanc », voire des « aubergines farcies aux aubergines »… Il y a bien sûr, aussi, du plus sophistiqué, comme l’« oie aux abricots » ou le « cherbet de nénuphar », et du plus traditionnel comme la « ciorba de perisoare » (potage aigre aux boulettes de viande), la « mamaliga » (polenta), les « sarmale» (feuilles de chou farcies) et les mititei (petites saucisses grillées). Quoi qu’il en soit, l’auteur, roumain d’origine et de culture, n’a rien à renier de la « roumanité » qui colore ces pages, qui leur donne un parfum si particulier. Mais il la dépasse, la transcende pour donner à l’ouvrage la saveur de l’universel. Un régal.

http://www.ftruffaut-editions.com/

 

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