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Le désert de notre conscience

daratt3.jpgDaratt (saison sèche)
de Mahamat-Saleh Haroun
Prix du Jury à Venise 2006

Sortie le 27 décembre 2006
Avec Ali Bacha Barkai, Youssouf Djoro, Aziza Hisseine
Film français, belge, autrichien, français, 2006
Durée : 1h 35min

(par Nicolas Cavaillès)

Dans un pays sec, miséreux, ravagé par une guerre civile qui dure depuis 41 ans, comme c’est le cas du Tchad, la mort a toujours une longueur d’avance : même un jeune homme réservé comme Atim (l’Orphelin, joué par Ali Bacha Barkaï) est né avec un meurtre à accomplir, celui du meurtrier de son père. Poussé par son grand-père aveugle, le héros introverti de Daratt (Saison sèche) se lance donc à la recherche de l’homme qu’il doit tuer, Nassara, et il quitte son village pour N’djamena, où l’ancien criminel de guerre tient maintenant une paisible boulangerie : partagé entre le besoin d’un père et le devoir instinctif de vengeance, entre le désir d’avoir un guide et la tentation de tout abandonner au chaos général, Atim devient petit à petit l’apprenti de Nassara.

Basé sur une grande clarté narrative et sur une économie de dialogues lourde de sous-entendus, Daratt, troisième long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun, montre le parcours moral d’un jeune homme en marge de l’action, dont le destin semble scellé par les fautes de ses aînés, dans un monde où tout le monde est coupable. Du village à la ville, jusqu’au désert, de la vengeance aveugle, aux larcins, jusqu’à l’acte moral par excellence, Atim erre dans un espace en ruines où la pureté du pardon semble précaire, face à l’épreuve de force permanente que la souffrance et la solitude ambiantes intensifient sans relâche.

On tue plus facilement qu’on ne pardonne. M.-S. Haroun pose le problème du jugement d’après-guerre : que faire des innombrables bourreaux du passé ? (Problème que le Tchad partage avec bien d’autres nations, à commencer par le Rwanda.) Avec une grande sobriété, Daratt dresse le tableau silencieux d’un pays aride et souffrant, éclairé par quelques touches d’espoir – le travail, la conscience individuelle, la soif d’amour –, assombri par les nombreux drames du quotidien – l’hostilité générale, la violence, la faim, la pauvreté, la mortalité.

http://www.pyramidefilms.com/pyramide.html

http://www.zerodeconduite.net/daratt

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