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Contre l'oubli

destinsdefemmes3.jpgDestins de femmes, Filles et femmes afghanes
Collection J'accuse..!
avec un récit de Rolande Causse
Syros , 2003

(par B. Longre)

"Pendant les six ans du régime des taliban, la communauté internationale, à quelques exceptions près, ne s'est pas préoccupée de ces femmes qui n'avaient plus aucun droit, sauf celui de se taire" (Valérie Rohart)

Nahib a treize ans quand elle est enfin de retour à Kaboul après un exil forcé ; non pas au Pakistan, que sa famille n’a pu atteindre, mais dans la campagne afghane. Dans son « cahier rouge », elle revient sur les événements traumatisants liés à l’arrivée au pouvoir des taliban, mais d’abord, sur la petite enfance heureuse, un temps révolu où les femmes pouvaient couvrir leurs cheveux « d’un voile léger », porter des «robes chamarrées » et travailler, comme le faisait sa mère ; un temps où les petites filles pouvaient aller à l’école et apprendre le persan, les femmes accoucher à l’hôpital et se faire soigner normalement.
En septembre 1996, l’arrivée des taliban bouleverse la vie familiale : le père de Nahib n’a plus le droit d’exercer son métier de jardinier ( « la beauté des jardins pouvant détourner de dieu »…) et il préfère quitter son pays plutôt que de subir le joug « d’étudiants » cruels et autoritaires. Le voyage est long, douloureux et après qu’un des enfants est blessé par une mine, ils doivent se résoudre à rester en Afghanistan. Pour Nahib, le monde se réduit alors à quelques heures de classe dans une école clandestine et à de longues heures passées « derrière la fenêtre», perchée sur un coffre.

Ce court récit de Rolande Causse, raconté par une petite fille (une vue « de l’intérieur »), est particulièrement touchant. C’est aussi le cas des témoignages qui suivent, recueillis auprès de femmes afghanes qui ont subi la dictature religieuse : Malalaï, Nasreen et Soraya ont rencontré Valérie Rohart en juin 2002, après la chute des talibans et toutes trois relatent les épreuves subies (la peur quotidienne des coups, les mariages forcés, la pauvreté et la mendicité, la fuite et l’abandon déchirant d’un enfant etc.) et évoquent un avenir incertain.
Cet ouvrage met aussi en relief les paradoxes liés au système instauré en 1996 : Nasreen, par exemple, énonce l’idée aberrante qu’elle est «finalement soulagée de n’avoir que deux filles », car elle n’aurait pas « aimé être obligée de confier mon fils à ces hommes là » en parlant des « barbus ». Le régime est maintenant tombé, mais il est essentiel de se souvenir et d’être conscient de son absurdité et de sa cruauté, tout particulièrement envers les femmes – même si les hommes n’étaient pas épargnés. De même, la peur n’a pas quitté certaines femmes, qui craignent encore de croiser d’anciens taliban restés en Afghanistan : elles ne peuvent se résoudre à quitter leur tchadri pour cette raison.
Destins de femmes est un ouvrage ouvertement militant, et l'on s'en réjouira : les droits en sont intégralement (ceci est à souligner) reversés à l’association Negar, à qui l’on doit l'excellent glossaire en fin d’ouvrage – rédigé avec la Fondation Sud - ainsi que La déclaration des droits fondamentaux de la femme afghane, qui n’a pas encore été adoptée en Afghanistan : un livre essentiel, qui peut faire prendre conscience des injustices qui règnent encore et décrire des situations révoltantes ; un livre qui prouve que beaucoup reste à faire pour libérer les femmes afghanes ; un livre contre l’oubli, surtout : « Malalaï aime raconter son histoire parce qu’elle a peur qu’on oublie les femmes afghanes.»

http://www.afghana.org

http://www.monde-diplomatique.fr/index/pays/afghanistan

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