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29/11/2008

Paroles échappées de Mai

68.jpgMai 68. Soyons réalistes, demandons l’impossible
Philippe Godard
Syros, collection « Les documents », 2008

(par Olivier Orain)

Ce recueil de réflexions autobiographiques (cinq au total) s’inscrit dans un mouvement de « retour aux sources » de Mai 68, qui essaie de s’affranchir des discours idéologiques abstraits pour serrer au plus près les expériences vécues. Les témoins choisis par Philippe Godard ne sont ni de parfaits inconnus (comme dans le livre de Nicolas Daum, Mai 68 raconté par des anonymes aux éditions Amsterdam) ni les vedettes obligées que l’on retrouve un peu partout (Daniel Cohn-Bendit, Serge July, etc.). L’ouvrage est accompagné par la chronologie de rigueur, quelques images (photographies, affiches) et une bibliographie qui fait la part belle aux souvenirs militants, un peu au détriment des références savantes.


Des cinq témoins, la figure la plus notoire est sans doute Raoul Vaneigem, auteur du fameux Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967), livre-clé de la nébuleuse situationniste avec La Société du spectacle de Guy Debord. Mais le texte le plus nourri est celui de Jean-Pierre Duteuil, co-fondateur du mouvement du 22 mars, ce groupe d’étudiants de Nanterre qui a joué un rôle clé au début des événements. Le témoignage de ce compagnon de lutte de « Dany le Rouge » — qui n’a rien retranché de son engagement d’alors — est particulièrement intéressant. Précieux également, le regard de Claude Neuschwander, « simple spectateur » en 68, mais patron de gauche qui a traversé la Cinquième république et fut en 1974 l’administrateur de Lip au moment du fameux conflit social. Le témoignage d’Hélène Lee, ex-journaliste à Libération spécialisée dans les contre-cultures extra-occidentales, suggère comment l’effervescence de ce printemps particulier a ouvert de vastes possibilités à une toute jeune femme issue du « quart-monde » (selon ses dires). Cette portée initiatique se retrouve dans le récit de François Rauline, aujourd’hui homme de cirque, parti sur les routes d’Italie après une expérience ouvrière des conflits du printemps 1968.

Ces témoignages sont assez hétérogènes et n’ont pas le même intérêt au regard de l’époque concernée. En revanche, ils ont l’avantage de sortir des sentiers battus et de donner une idée assez juste (historiquement) des idéaux de l’époque. Ils sont également marqués par une sympathie d’ensemble : de toute évidence, l’intention du livre est largement apologétique, comme en témoigne l’introduction de Philippe Godard. Mais c’est au nom du présent que celle-ci mobilisé « l’esprit de mai » : « Un joug pèse désormais sur la société, qu’il faut secouer afin de retrouver quelque chose de l’impertinence de Mai, qui n’est pas qu’une impertinence : le signe que la pensée libre ne s’accommode jamais de l’acceptation servile. »

L’éditeur a également réalisé un appareil de notes, précieux pour des lecteurs peu au fait des mouvances et références gauchistes marquantes à l’époque. Pour autant, on ne saurait parler de vulgarisation. Ce livre vise plutôt une réactualisation militante de Mai 68.

http://www.syros.fr/nouveautes.asp

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