Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Fragmenter le naturaliste

acc-photo-therese.jpgThérèse Raquin
d'après Émile Zola
Mise en scène de Philippe Faure
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
21-29 novembre, 9-19 décembre 2008

(par Nicolas Cavaillès)


C’est à la transformation du célèbre roman de Zola en petit conte morbide que s’est essayé Philippe Faure pour sa Thérèse Raquin, proposant un enchaînement de moments clefs et de dialogues symboliques fondus dans les alternances binaires d’une lumière crue – le lit sans étreintes et le sol des tourments. Purger Zola le truculent, est-ce lui bien rendre hommage ? La difficulté de la simplification narrative trouve souvent sa réponse dans des spectacles à la pâleur squelettique, à la Carmelo Bene, expérimentaux et périlleux.

Exercice de style moderne, la fragmentation du texte, faisant la part belle aux épreuves physiologiques et aux signes funèbres (selon la double nature de Thérèse elle-même, mystique et pornographique au moins par son nom), est ici déposée dans le carcan austère d’un décor bourgeois d'époque, figé ; c’est là que Thérèse doit cravacher dans ses passions impossibles, corps et conscience tiraillés entre un mari chétif et un amant bourru. Le tout n’a guère le temps de convaincre, tant il s’avère délicat de concilier la solidité du roman du XIXème siècle aux audaces de la brevitas contemporaine. Décalée dans la gravité qui sévit sur scène, une clarinette répétitive apporte ses volutes facétieuses au faux rythme global d’une spectacle qui, saynète après saynète, s’allourdit. Quel lien reste-t-il finalement entre le cynisme virulent du maître du naturalisme et les éclairages explicites d’une mise en scène visant à épurer, plutôt qu’à rendre nature ? La trame – un outil.

Les commentaires sont fermés.