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Un apprentissage doux-amer

v_book_3.jpgLa Petite Cloche au son grêle
Paul Vacca
Philippe Rey, 2008

(par Joannic Arnoi)

Cela se passe dans une bourgade du nord de la France, « le long de la Solène, la tendre Solène qui coule entre les villas fleuries de la bourgeoisie de Montigny ». Le narrateur, fils unique d’« Aldo » et « Paola », a treize ans à l’époque et des origines plutôt plébéiennes : ses parents tiennent un café où tout est « bleu, de la couleur des tenues de travail des clients qui se massent en une bourdonnante mêlée autour du comptoir ». Car à Montigny, la rivière sépare les « deux côtés » qui se regardent en chien de faïence. Mais l’horizon premier de l’adolescent, c’est d’abord une complicité sans tâche avec sa mère, et, de plus en plus, une attraction irrésistible pour « le monde mystérieux des femmes ».

L’histoire se noue autour d’un exemplaire de Du côté de chez Swann, oublié par Suzanne Maréchal, une actrice, célébrité locale de la petite ville. Le jeune narrateur s’est emparé du livre abandonné, qui semble lui offrir un passage secret vers cette femme inaccessible qui le trouble. Mais quand Paola découvre le larcin, c’est son rêve d’avoir un fils écrivain qui se trouve conforté, malgré des résultats scolaires calamiteux. Proust devient la grande affaire du triangle familial : miroir des fantasmagories du fils, symbole pour la mère, source d’anxiétés pour le père. De cette rencontre improbable chacun ressortira transformé.

Le récit se construit autour d’une « tragédie » (l’appréciation de l’éditeur est assez juste) qui s’impose progressivement, mais avec une pudeur et une délicatesse notables. Au demeurant, ce livre semble une réponse en creux à la crudité de notre époque : la sexualité, la mort, les conflits sociaux y sont abordés sous des formes plus ou moins elliptiques, plus ou moins allégoriques.

Le sentiment qui ressort à la lecture de La Petite Cloche au son grêle est une sorte de joliesse sans âge. Même si l’on découvre peu à peu que l’histoire se passe dans les années 1980, les éléments de contexte sont assez secondaires. Par ses dialogues réalistes et la simplicité recherchée, le roman s’inscrit dans une veine de roman « populaire » qui serait presque devenue exotique aujourd’hui. En contraste avec la maladresse du collégien d’alors, la langue du roman est fluide, et plutôt élégante, suggérant que le narrateur, devenu adulte, a finalement retenu quelque chose de l’élégance proustienne (même s’il ne s’agit en aucun cas de la pasticher). Un humour assez discret s’insinue régulièrement, qui joue du décalage que produit la naïveté des personnages ou les faux-semblants des situations.

http://www.philippe-rey.fr/f/index.php

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