Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/07/2002

Mère Courage en Espagne

chava1.gifChava
François Martinez
L'Harmattan, 2002
(Théâtre des 5 continents

(par B. Longre)

La guerre d'Espagne vient de s'achever, les républicains sont vaincus ; Chava la Sèche est chassée de son village pour avoir hébergé son gendre républicain, le père de Petit-fils. Sa fille est en prison, ou a été fusillée, et Chava erre sur les routes avec l'orphelin, un garçon obstiné, qui refuse de croire à la mort de ses parents. Mais sa grand-mère a les pieds sur terre et estime que l'on n'a pas le droit de s'appesantir sur le passé lorsqu'il faut survivre, et toujours, elle va de l'avant, mendiant ou volant, parfois ; selon elle, "L'Espagne n'est plus qu'un pays de mendigots" et il faut se battre pour ne pas se faire traiter de bohémiens...


Sur leur route, ils croisent surtout des moines et des soldats ; les premiers parcourent le pays pour "purifier" les mécréants mais sont incapables de ressentir la moindre compassion et paradoxalement, l'immense pauvreté du peuple semble les effrayer. Les autres sont des créatures déboussolées ou brutales, qui rejettent tout autant que les religieux Chava et Petit-Fils. Seule une maquerelle qui détient les clés d'un château reconverti en bordel, leur offre à boire, à manger et leur propose un toit.

Le parcours chaotique et désespérant de ces deux êtres illustre parfaitement cette terrible période d'après-guerre, durant laquelle le pays entier fut déstabilisé, où la peur et la faim s'abattaient sur les plus indigents. Dans le même temps, un message universel de justice et d'humanité bafouée traverse cette pièce et Chava en est le medium : elle n'hésite pas à faire preuve d'opportunisme, en volant un moine, en louant les généraux ou en crachant sur les républicains, mais c'est la faim et le désespoir qui lui dictent sa conduite, et les idéologies ou la morale, inventions des riches et des nantis, sont bien vides de sens pour cette mendiante. La mendicité : un commerce dont il faut connaître les ficelles ; l'existence : une lutte à laquelle il faut bien s'accommoder.

Ce texte intelligent, émouvant et réaliste, aux échanges vivaces, se lit avec effroi et plaisir ; il est parsemé d'accents brechtiens, en particulier dans la présentation sous formes de tableaux et dans la pléthore de personnages, dont le rôle est plus fonctionnel que psychologique (excepté Chava et Petit-Fils) ; ainsi, l'ensemble résonne de façon résolument moderne : Chava, Mère Courage à l'espagnole, possède bien des points communs avec l'originale ; obstination, attachement viscéral à son petit-fils, espièglerie, sens de la répartie, débrouillardise dans l'adversité et un certain sens des affaires qui rappelle le pragmatisme de l'héroïne brechtienne qui se raccrochait frénétiquement à sa petite roulotte et à ses enfants tout comme Chava s'accroche à son baluchon de hardes et à Petit-Fils.

http://www.editions-harmattan.fr/

Les commentaires sont fermés.