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Petites pensées solitaires

alkennedy3.jpgIndelible Acts

A.L. Kennedy
Jonathan Cape, 2002

 

(par B. Longre)

 

En quelques lignes, A.L. Kennedy pose chacun de ses personnages avec une minutie qui sied parfaitement au genre nouvellistique : êtres égarés, repliés sur eux-mêmes, qui se racontent (ou se laissent raconter) en amplifiant chaque geste anodin, en analysant la moindre pensée ; c’est ainsi que se dessine une succession de révélations intimes (la désormais très classique "épiphanie" joycienne, chère à Raymond Carver, autre nouvelliste de talent), ici microscopiques, par le biais d’une exploration solitaire et toujours imprégnée de doute : du gardien d’école qui « joue » son rôle d’époux et de gardien depuis des années et se remémore un amour perdu (A little light), à la femme qui a invité un ancien amant anglais à lui rendre visite dans sa retraite en Nouvelle-Angleterre, sans vraiment savoir pourquoi (How to find your way in woods), en passant par l’avocat sur le point de vivre son homosexualité, aspiré par le désir qu’il éprouve pour son supérieur hiérarchique (An immaculate man), par Tom, un pathétique névrosé, paralysé par l’absurdité d’une rupture amoureuse qu’il se refuse à admettre (Touch Positive) ou encore Ronald, un jeune garçon déterminé à devenir un « mauvais fils » pour sauver sa mère (A bad son).

A.L. Kennedy décline la solitude et la détresse sous toutes ses formes, des plus cocasses aux plus douloureuses, et emmène son lecteur sur les sentiers broussailleux et étouffants d’âmes qui succombent sous le poids des mots et des pensées, sous le joug de gestes ou d’actes infiniment petits et cependant « indélébiles » ; la dérision est parfois au rendez-vous (l'auteure ne manque certainement pas d'humour et d'impertinence, en témoignent ses commentaires portant sur la presse et les critiques en général, consultables sur son site internet) mais c'est davantage l'aspect tragique des choses qui l'emporte ici.

 

« Danny se demandait où il était : où il était – vraiment – quel endroit de son corps il avait l’impression d’habiter " (White house at night) écrit l’auteure, qui tente de capter quelques parcelles de ces « logeurs invisibles » (l’esprit, l’âme, la conscience, appelons-les comme bon nous semble) qui se trouvent dans « quelque espace indéfinissable, derrière vos sinus ». Chez A.L. Kennedy, l’écriture est un processus infiniment patient de reconstruction de l’intime, une expérience littéraire fragmentaire qui oppresse tant et si bien (comme si ces nouvelles avaient le pouvoir de brutalement nous mettre face à nous-mêmes) que par instants, à la façon de la narratrice de Not anything to do with love, on aimerait que « pour une fois, l’esprit s’arrête de parler ».

 

 

http://www.randomhouse.co.uk

http://www.a-l-kennedy.co.uk/

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