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12/05/2008

Un langage et plus encore

imagesamimots3.jpgImages à mi-mot
Pierre Fresnault-Deruelle

Les Impressions nouvelles, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Comme toute création, la bande dessinée et le dessin d’humour cachent et dévoilent, dans un mouvement de va-et-vient entre expression et impression, entre image et verbe. D’emblée la question s’impose : « Dessine-t-on pour raconter ou l’inverse ? ». Pierre Fresnault-Deruelle, éminent spécialiste (voir ses nombreux ouvrages sur la bande dessinée, la peinture, l’image, Hergé…), y répond d’une manière subtile en suivant ses propres préceptes : « Lire une image n’est pas la « décortiquer », c’est, sans la détourner de sa fonction, permettre à l’œil de faire jouer aussi le système qui la sous-tend » et, à partir de là, « accompagner les images d’un double langage ».

Sans pédantisme mais avec précision, l’auteur articule son propos autour de deux types de formes, les « formes longues » (bandes dessinées) et les « formes courtes » (dessins d’humour »). Et toujours, de l’introduction à la conclusion incluses, ce propos s’appuie sur des exemples concrets, accessibles à tous, analysés soit dans le détail d’une planche ou d’une vignette, soit dans la continuité d’un album.


En ce qui concerne la bande dessinée, on notera l’analyse fouillée d’une planche de La Marque Jaune qui s’élargit jusqu’à pénétrer dans « une forêt de symboles », ou celle d’une couverture (Le Mystère de la Grande Pyramide – encore E.-P. Jacobs – ou Les complots nocturnes de David B). La réflexion se poursuit sur les concepts de modernité et de « post-modernité » à l’occasion d’un texte sur François Masse, « zélateur d’une esthétique du trop-plein » ; sur le réel « transfiguré par le souvenir » et les rapports entre fable et authenticité à propos de La guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert ; sur le genre et le sous-genre du « graphic novel » (en français « roman graphique »…) tel que le figure A l’ombre des tours mortes d’Art Spiegelman, véritable « ensemble polyphonique » ; sur les rapports entre art et « méta-art », représentation et méta-représentation, ce qui pose la question de l’esthétique de la bande dessinée : est-elle un art à part entière ? Oui, répond sans hésiter Pierre Fresnault-Deruelle, qui la charge d’une « beauté adhérente » et d’une fonction poétique. Parmi toutes les illustrations possibles, Le Chat de Geluck apparaît comme l’une des plus probantes, et le rapprochement fait avec l’Oubapo (Ouvroir de bande dessinée potentielle) est convaincant.

Dans la deuxième partie, l’auteur répertorie trois sortes de « formes courtes » : le « dessin segmenté », dont Les trois âges de l’amour en particulier ou, plus généralement, le rébus, avec ses effets surréalistes et ses aspects énigmatiques, sont représentatifs ; le « dessin dilaté », qui excède la simple vision, qui se dépasse lui-même ; le « dessin resserré », dont la forme elliptique est une mine, entre autres, pour la caricature politique.
La bande dessinée et le dessin d’humour peuvent être qualifiés de « littérature d’expression graphique », Pierre Fresnault-Deruelle le démontre amplement, preuves sémiologiques à l’appui. Ce faisant, il ne dénature ni le plaisir de la lecture d’un scénario ni celui de la contemplation d’une image, mais enseigne ou restitue « le plaisir de l’analyse ».

http://www.lesimpressionsnouvelles.com/

http://imagesanalyses.univ-paris1.fr/auteur-pierre-fresna...

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