Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/03/2008

Pierrot est mort, Pierrot est ressuscité

gbonnet3.jpgPantomimes fin de siècle
Textes présentés et annotés par Gilles Bonnet

Éditions Kimé, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Comment faire un livre avec des pantomimes ? Le paradoxe est inévitable, le pari audacieux. Car comme chacun le sait, la pantomime et ses personnages sont muets. Le principe de l’ouvrage est pourtant clair : fournir des textes, pour la plupart méconnus (en tout cas du lecteur courant et du Lagarde et Michard), se présentant sous la forme de simples canevas, de scénarios ou de narrations dialoguées – textes représentatifs de l’évolution d’une genre hérité de la « Commedia dell’arte », et qui a parcouru tout le XIXe siècle.


Dans une introduction générale, Gilles Bonnet retrace cette évolution, définissant les caractéristiques de la « pantomime fin de siècle » : « l’ambivalent et l’indécis », « l’inquiétante étrangeté » d’un Pierrot qui nous échappe, marqué par la « noire mélancolie » et la fuite vers la mort, l’hésitation entre le comique et le tragique ; mais aussi, la fidélité aux valeurs traditionnelles d’une écriture « mineure », la prédominance du geste, la «mission satirique », le grotesque précurseur du Grand Guignol…
Formellement, le renouveau de la pantomime procède souvent d’une intention littéraire, liée à la question récurrente résumée par Jean Richepin : « Une pantomime peut-elle s’écrire ? ». Le livre de Gilles Bonnet donne une réponse positive.

Les 17 textes ici établis, reproduits et situés d’une manière toujours précise sont représentatifs de ces tendances. Depuis les frères irlandais Hanlon jusqu’à Jacques Doucet, l’ordre chronologique nous réserve de belles surprises cruelles, drôles, tristes, jubilatoires, mortifères, vivifiantes, issues de plumes notoires (Huysmans, Laforgue, Verlaine, Richepin…) ou non, dont c’est l’occasion de faire la connaissance. Textes représentatifs, aussi, de la diversité des talents et des styles, avec en commun (ou presque) le personnage de Pierrot et sa propre diversité : « C’est le Sage et c’est le Fou, c’est l’Enfant gâté de la Lune ! Languide amoureux du Soleil, qui rêve debout, s’envole assis et souvent meurt d’un tas de bonnes morts ! Vive Pierrot! », proclame Verlaine dans Pierrot gamin ; Pierrot fait sourire, Pierrot fait peur, Pierrot tue à force de faire rire (dans Pierrot assassin de sa femme de Paul Margueritte, par exemple).

L’existence de la pantomime, qui tient du théâtre et de la danse, du conte et de la poésie, est bien justifiée par l’un de ses praticiens et théoriciens, Charles Aubert : « La principale raison d’être de la pantomime, c’est que par son action rapide et silencieuse elle nous donne une émotion très différente de celle que la comédie nous fait éprouver, une émotion mystérieuse, analogue à celle que nous ressentons dans les rêves. Un tableau ne parle pas ; les statues sont muettes ; or, personne ne conteste le charme intense qu’exercent sur nous la peinture et la sculpture. Eh bien, si vous le voulez, nos pantomimes seront des tableaux animés, nos personnages des statues vivantes ». Beau plaidoyer… L’édition de Gilles Bonnet, à la fois savante et accessible au grand public, l’illustre parfaitement en s’intéressant à une période tardive de cet art qui, tout en rappelant que la scène est le lieu de tous les possibles (avis à nos gens de théâtre en quête de nouveauté !), annonce cet autre lieu qu’est l’écran du cinéma muet.

http://pagesperso-orange.fr/kime/

Les commentaires sont fermés.