Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/11/2008

Chatons dans la nuit blanche: la nouvelle comme roman.

murakami.jpgL’éléphant s’évapore
Haruki Murakami
Belfond

(par Anne-Marie Mercier)

« Voilà dix-sept nuits que je ne dors plus ». Cette première phrase de la nouvelle intitulée «Sommeil », l’une des plus longues du roman, longue comme une nuit où l’on ne trouve pas le sommeil (ce qui est un type de nuit blanche particulier, voir Le Passage de la nuit, du même auteur) ou comme une sieste profonde dont on sort hébété par un jour de grande chaleur, pourrait être le titre de ce recueil, tant les textes qui le composent offrent des portraits hallucinés de personnages qui dépassent, mais à peine, la limite de ce qui est possible, de ce qui est permis, de ce qui est correct, et semblent flotter entre deux mondes.
Un coup de fil inquiétant, une faim insatiable, qui amène à l’attaque d’un mac Donald, le dérapage d’un préposé aux lettres de réclamations, les petites choses insignifiantes qui font qu’on se rencontre ou surtout qu’on se manque (terrible), qu’on se sépare, qu’on se hait. Les idées qu’on se fait sur les autres (les chinois, par exemple, les étapes de la vie, la disparition d’un éléphant sans effraction…


Et derrière tout cela, le détachement de celui qui est à la recherche de Noboru Watanabe, tantôt chat, tantôt beau frère, l’incarnation de tout ce qui agace.
Dans ce recueil de nouvelles livrées à l’esthétique de la nuit sans sommeil, les personnages de Murakami vivent intensément leur rapport au temps : celui qui s’écoule lentement, celui qui est passé, de façon irréversible. On peut voir dans cette question du temps le noeud de l’écriture de Murakami. Dans l’une des nouvelles (« La dernière pelouse de l’après midi »), il livre son art poétique : « Les Souvenirs, ça ressemble aux romans, ou peut-être les romans ressemblent-ils aux souvenirs ». Plus loin : « Vous faites des efforts pour ordonner tout ça joliment, et puis le fil de vos idées vous entraîne ici ou là, et finalement, il n’y a plus de fil du tout. Exactement comme quatre chatons à peine nés roulés en boule les uns sur les autres. Tout tièdes de vie, mais instables sur leurs pattes. […] Pourtant, si on considère l’existence humaine comme une suite d’actes stupides fondés sur des motifs relativement purs, différencier ce qui est juste de ce qui ne l’est pas n’est plus un problème. C’est là que naissent les souvenirs, et les romans aussi. C’est une espèce de machine dont personne ne peut arrêter le mouvement perpétuel, qui se balade à travers le monde en laissant grincer ses rouages, tirant un unique et interminable fil à travers le monde ». On sent ce fil, dans ces nouvelles si différentes en apparence, à tel point que l’on y est presque dans un roman. Une idée de la vie, relativement absurde mais légère, un goût des histoires et des gens, une poétique du hasard et de la fantaisie, très sérieuse.

http://www.belfond.fr

Les commentaires sont fermés.