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Le cuisinier, le coiffeur, le peintre, leurs femmes et leur maître

cdovey.jpgLes liens du sang
De Ceridwen Dovey
traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Guiloineau
Editions Héloïse d’Ormesson, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Roman à la façon de Garcia Marquez qui évoque le renversement d’une dictature dans un pays non identifié, l’entrecroisement des destinées, le perpétuel retour du même, le livre de Ceridwen Dovey est tout cela. Mais il est radicalement autre à bien des égards et on peut comprendre que des critiques aient trouvé aussi une parenté avec les romans de Coetzee, compatriote de l’auteure (qui est née en Afrique du Sud et vit à New York) : les rapports entre hommes et femmes, parents et enfants, maîtres et serviteurs sont remarquablement esquissés à travers toute une série de tableaux d’abord bien distincts, puis qui se mêlent de façon inextricable.

Le livre est divisé en trois parties (la troisième, très brève, donnant une conclusion aux tensions accumulées dans tout le livre) : Les deux premiers blocs donnent la parole d’abord au chef de cuisine du dictateur déchu, à son coiffeur et à son portraitiste officiel, dans des chapitres successifs qui les convoquent tour à tour plusieurs fois. Le dictateur ne prend jamais la parole directement, non plus que le « commandant » qui l’a renversé.

Tout est vu à travers le point de vue de ces trois hommes, emprisonnés ensemble dans l’ancienne résidence d’été où le président déchu et sa femme sont aussi détenus, avec bien d’autres. Ils évoquent le présent, leur vie de prisonniers, leur inquiétude du futur, l’évolution du commandant, mais aussi le passé proche (la révolution) et lointain (leur enfance, leurs amours, leurs rapports avec l’ancien pouvoir). Chaque métier est détaillé, soit par remémoration, soit par exécution (très vite le commandant fait appel à leurs services pour son usage personnel). Tout cela est décrit avec une grande précision et permet d’entrer dans le détail de la cuisine, de la peinture, de la coiffure, des gestes, des choses auxquelles on pense en travaillant, des outils et des matériaux, des trucs du métier (comment faire pour que les ormeaux gardent la chair tendre?).

La deuxième partie, beaucoup plus intense, très réussie, donne la parole à des femmes qui leur sont proches : femme, fille, belle-sœur-amante. L’uniformité de ton qui unifiait les discours des hommes, souvent cantonnés au factuel, disparaît devant l’intensité des émotions et des situations évoquées, marquées par la violence et la cruauté. C’est dans ces moments que la parenté avec Coetzee est visible, tant les rapports d’amour, de désir et de domination sont entremêlés. Cette fable sur le pouvoir et la compromission est aussi une méditation sur la soif de pureté et la corruption qui la nourrit.

http://www.editions-heloisedormesson.com/

http://www.ceridwendovey.com/

Commentaires

  • Très bon commentaire (tout le site est très bien d'ailleurs, de nombreuses lectures de qualité et assez originales) sur ce livre de Ceridwen Dovey que j'avais déjà envie de lire. Cette envie est confirmée :)

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