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Projet anti-littéraire

chalamov1.gifVichéra, antiroman
Traduit du russe par Sophie Benech
Verdier
, septembre 2000 (Collection  Slovo)

(par Mireille Hilsum)

Le livre que viennent de publier les éditions Verdier se compose de dix-neuf récits, rédigés entre 1961 et 1970. Varlam Chalamov (1907-1982) y raconte les neuf années qui ont suivi sa première arrestation pour avoir, alors qu'il était étudiant, diffusé le testament de Lénine.
Le recueil s'ouvre sur un premier texte, " La prison des Boutyrki (1929) " et se clôt sur un dernier dont change seulement la date : " la prison des Boutyrki (1937)". Sobriété des titres, sobriété du style. Entre les deux, l'homme a changé. Le livre nous mène d'une arrestation en 1929 à l'autre en 1937, d'une déportation (à Vichéra, elle fait l'objet de ce livre) à l'autre (à la Kolyma dont les récits ont paru pour la première fois en français, chez Maspero en 1982).

D'un bout à l'autre du livre, les titres de chapitres égrainent les noms de ceux que Chalamov, " petit chef détenu organisant le travail d'autres détenus ", a croisé durant cette première déportation et dont il raconte aussi l'histoire, qu'ils aient été révolutionnaires ou non, truands ou politiques, détenus ou non. Récits, portraits, mises en perspective témoignent de la première organisation des camps staliniens. Avant la création véritable du Goulag.
Car il y a un avant et un après. Ici à Vichéra, on mange à sa faim, on est " rétribué " pour son travail… Les différences entre ce qui relève encore du bagne et l'univers concentrationnaire qui commence à se mettre en place sont éclairées par l'appareil critique et par Chalamov lui-même. Celui qui écrit sait. Contrairement parfois à ses compagnons, ceux du dernier chapitre par exemple qui attendent impatiemment leur comparution et parfois même leur déportation.

Vichéra doit être lu comme un document. Le projet anti-littéraire, déjà affirmé dans Les Récits de Kolyma, est affiché ici dans le sous-titre : il s'agit bien d'un antiroman. Rien ne sauve dans les camps, certainement pas la littérature. On est très loin de l'épopée à la manière d'un Soljénitsyne qui rend d'ailleurs hommage à Chalamov dans L'Archipel du Goulag. Mais aussi bouleversé à la lecture. On a le sentiment d'accéder à une mémoire vive qui porte haut le témoignage sur soi et sur les autres, sur l'humain et ce qui le brise. " un écrivain (écrit Chalamov) n'a pas besoin de prendre des notes, de graver dans sa mémoire, d'observer. Il lui suffit d'être présent, de voir, d'entendre et de comprendre. " C'est tout cela que permet Vichéra.

http://www.editions-verdier.fr/

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