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14/11/2008

La significative candeur du lyrisme

l-echange.jpgL’Échange
de Paul Claudel, Mise en scène d’Yves Beaunesne
Théâtre de la Colline, du 12 novembre au 14 décembre 2008

(par Nicolas Cavaillès)

Des personnages caricaturaux, une trame sans grande surprise, une mise en scène plutôt aride… Et pourtant, cet Échange de Claudel monté par Yves Beaunesne est une réussite certaine, donnant à entendre le meilleur du texte, et sa beauté désuète, et son souffle atemporel ; et ses curieux emplois de l’imparfait du subjonctif, et ses puissants élans lyriques. Drame à deux couples dont il semble assez vite évident qu’ils sont voués à l’échec, L’Échange traite avec sincérité et intensité un carré amoureux vieux comme le monde, ici placé sur la côte Est des Etats-Unis, entre une impuissance océanique houleuse et une immense liberté continentale.


Comment ont-ils vraiment pu croire ou espérer qu’ils allaient s’aimer ? Le texte pose lui-même la question, poussant l’honnêteté jusqu’à la laisser sans réponse. Claudel marie ainsi un jeune homme (joué par Jérémie Lippmann) assoiffé d’indépendance et de passion, regardant l’existence comme le vaste terrain vague et sauvage que sont encore les Etats-Unis à la fin du XIXème siècle, à une jeune fille (Julie Nathan) naïve et douce, gorgée d’amour et de foi, et de foi en l’amour, non sans amour de la foi… Il confronte ensuite ce jeune couple fragile à une grande actrice américaine (Nathalie Richard), croqueuse d’hommes il va sans dire, tendancieusement alcoolique et destructrice, évidemment ; elle-même vit avec un vieil Oncle Jack à chapeau texan, les poches pleines de billets verts, homme d’affaires sans foi ni loi, que du bon sens et le goût de l’aventure (Alain Libolt).

C’est un Claudel sensible, clairvoyant et tourmenté, qui se livre à cet exercice de style avant la lettre (avant le théâtre d’un Tennessee Williams et d’un Gabriel Marcel). La sobre beauté des décors – mer et ciel assombris – sert au mieux ces tourments et ces éclairs dont la langue pourrait paraître lointaine. Plus encore, la sobriété dont font preuve les deux jeunes comédiens principaux, versant dans le morbide (lui) ou dans l’humble (elle), déjoue subtilement le piège grandiloquent du lyrisme claudélien, pour n’en garder que la significative candeur, belle et ridicule.

http://www.colline.fr/

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