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Rififiction dans l’édition jeunesse

gloire3.jpgLa Gloire de mon frère
Emmanuel Arnaud

Editions du Rouergue (doAdo), 2007

 

(par Anne-Marie Mercier)

 

Non, La Gloire de mon frère n’est pas un remake de Pagnol mais est construit à partir d’un soupçon d’autobiographie. Ce court roman reprend de façon tout à fait originale l’histoire du premier roman d’Emmanuel Arnaud, Les Trilingues, édité lui aussi au Rouergue (2006). Il reprend non les personnages, ni l’intrigue ni les thèmes, mais l’histoire de la publication d’un roman pour ados et la découverte que l’auteur a faite des métiers de l’édition à cette occasion. Éditrice, correctrice, conseillère, une certaine Sophie, guide l’écriture finale, pilote l’auteur dans les salons du livre, interviews, etc. et veille à l’avenir de l’œuvre.


Tout cela est une fiction et non une autobiographie, même si le premier roman évoqué s’intitule ici Les Bilingues, le second Les Trilingues, etc. (c’est d’une série qu’il est ici question) et si l’expérience de ce premier roman a pu nourrir l’œuvre.

L’auteur-personnage du roman, narrateur de cette histoire, s’appelle Hector Fenouilh. Il a 12 ans et il écrit. Le problème vient de cette conjonction : que faire, quand on a douze ans et qu’on veut être pris au sérieux ? La solution proposée est logique : on prend un AAO (Adulte Auteur Officiel) qui se fait passer pour l’auteur et on continue à écrire dans l’ombre tandis que l’autre répond aux questions et boit du champagne. C’est aussi une fiction totale, un conte de fées moderne – comme on l’a dit de J. K. Rowlings – dans la mesure où le roman d’Hector a un énorme succès, est traduit en plusieurs langues (dont le chinois) et est très vite adapté pour le cinéma.

 

L’AAO choisi par Hector est son grand frère, Jean-Luc, 22 ans, qui fait des études dans une école d’ingénieur (tiens ! comme l’auteur E. Arnaud quelques années auparavant), pas très futé, d’après son petit frère. Son humour est passablement lourd, Il ne connaît rien à la littérature (à part Hector Malot qu’on l’a obligé à lire quand il était petit) ; il ne s’intéresse qu’aux filles et à ce qui permet de les attirer (lunettes de soleil, argent, …). De cette situation naissent des scènes comiques, où Hector s’inquiète des bourdes de son substitut, et des situations paradoxales, où il doit se faire le porte-parole de son frère auprès d’une belle : restant dans l’ombre (façon Cyrano). Il lui dicte des SMS en haïkus et d’autres messages poétiques, alors que de son côté il est pris par les mêmes affres amoureuses : doit-il révéler à celle qu’il aime (la fille de l’éditrice) qui il est ? Comme Superman/Clark.

 

On ne dira pas le retournement très savoureux des derniers chapitres, afin de ne pas gâcher la surprise, mais on peut tout de même indiquer que la fin révèle que bien des œuvres très célèbres ont d’après cette histoire profité d’une supercherie semblable (du rôle des enfants cachés dans la grande littérature). La fascination d’Hector pour la littérature adulte inspire de belles pages, paradoxales bien sûr, sur les différences entre littérature adulte et littérature pour ados et les contraintes qui pèsent sur l’une comme sur l’autre.

 

On ne peut que se réjouir que l’écriture soit ainsi valorisée : passion pour l’un, source de profit et d’autres bénéfices pour l’autre, elle fait de l’auteur un héros des temps modernes, le lien avec Superman n’est pas qu’occasionnel. Enfin, le portrait de l’édition jeunesse brossé ici, souvent caricatural et comique, entre création et commerce (notamment à travers la ressource facile des séries), quête de talents et manipulations par les médias (notamment via les critiques sur la toile…) est très intéressant et mérite d’être médité (tout comme la place faite chez nous à la littérature bouldave, trop mal connue comme on sait).

 

 

http://www.lerouergue.com

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