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12/12/2007

Trente cinq ans après la publication de Du côté des petites filles, où en sommes-nous ?

quoideneuf3.jpgQuoi de neuf chez les filles ?

Entre stéréotypes et libertés

Christian Baudelot et Roger Establet

Nathan, Collection L'enfance en questions, 2007

 

(Par Caroline Scandale)

 

En 1973, Elena Gianini Belotti publiait aux éditions Des Femmes un livre fondateur sur l’origine sociale des inégalités entre les deux sexes. De manière claire et irréfutable, elle mettait en évidence le caractère socialement construit des différences entre le masculin et le féminin : «La soi-disant infériorité des femmes naît de leur conditionnement, elle n’est pas plus naturelle que ne l’est la supériorité de l’homme et si l’éducation ne visait qu’à développer des qualités humaines de l’enfant, sans tenir compte de son sexe, cette inégalité s’effacerait d’elle-même. » Trente cinq ans plus tard, le livre de Christian Baudelot et Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? Entre Stéréotypes et libertés, en filiation directe avec le premier, dresse un panorama des continuités et des ruptures intervenues depuis, en s’appuyant sur les derniers travaux issus de différents champs disciplinaires (sociologie, histoire, neurobiologie, psychanalyse, psychologie). L’école est devenue mixte, les mères travaillent et, paraît-il, les pères font la vaisselle… Pour autant les attentes et les comportements des adultes à l’égard des filles et des garçons ont-ils réellement changé ? Les petites filles ne sont-elles plus traitées différemment des garçons ? Leur position sociale s’est-elle améliorée ?


Cet ouvrage pédagogique grand public est rédigé à deux plumes, sous la forme de questions/réponses. L'analyse synthétique est complétée par trois courts éclairages de Colette Chiland, psychiatre, Catherine Marry, sociologue et Joëlle Beaucamp, historienne. Christian Baudelot et Roger Establet reviennent dans un premier temps sur les enseignements de la psychologue italienne, à savoir que l’éducation des petites filles et des petits garçons est différenciée, véhiculant ainsi des stéréotypes de genre. Belotti montrait que les objectifs visés par les parents en fonction du sexe des enfants sont complètement opposés. Les petites filles sont destinées dès le plus jeune âge à être des «femmes accomplies », c'est-à-dire de bonnes épouses et mères de famille. Les garçons, ayant d’emblée une valeur sociale supérieure, sont élevés en futurs chefs de famille responsables, ayant obligation de travailler pour nourrir les siens. De ce fait, l’écriture et le calcul, actes plus créatifs à destination professionnel, sont réservés aux garçons.

 

Trois décennies après le sombre tableau dressé par Elena Gianini Belotti, bien des choses ont changé. Les recherches universitaires motivées depuis, par l’explosion des taux d’activité féminins et par les progrès considérables des performances scolaires des filles, ont « réduit à néant, sur la base des faits, la plus grande part des justifications par la biologie des inégalités entre hommes et femmes. Ainsi la domination masculine cesse d'être une donnée naturelle. » Le fait est désormais bien établi, les filles réussissent mieux que les garçons à l’école. Or, cette supériorité des filles dans le domaine scolaire ne se traduit pas par une amélioration de leur statut sur le marché du travail. Percevant un salaire moindre, à travail égal, les femmes occupent des emplois hiérarchiquement plus bas et accomplissent des tâches professionnelles proches des leurs dans la sphère familiale : éducation, soin, assistance. Ainsi les professions d’infirmières, d'aides-soignantes, d'assistantes maternelles et de secrétaires sont peu mixtes et 2/3 des postes sont toujours occupés par des femmes.

 

Les deux auteurs reviennent ensuite sur l'intégration des "différences de genre" par les enfants, sur leur accentuation due à la non neutralité de nombreux jouets, ou aux archétypes véhiculés dans la littérature jeunesse. Ils évoquent les travaux de plusieurs chercheuses, dont Anne Dafflon Novelle, qui confirment un phénomène commun aux albums et aux romans pour enfants et adolescents, à savoir que les stéréotypes sont toujours vivants et que les rôles traditionnels restent attribués à chacun des sexes. Une large partie de cette production littéraire est sexiste et cela a des conséquences regrettables sur les jeunes, et notamment les filles. En effet, ces dernières lisent plus que les garçons et pourtant les livres proposent peu de personnages féminins innovants et modernes. Cela ne leur permet pas d’intégrer une représentation valorisante d’elles-mêmes.

 

Les auteurs interrogent également la transformation des rôles parentaux en lien avec les phénomènes actuels de recomposition familiale. Malgré cela, la division traditionnelle des rôles parentaux demeure : les mères restent spécialisées dans les soins corporels, l'écoute et l'affection, tandis que les pères demeurent cantonnés à l'éducation ludique et notamment au sport. Les activités des filles et des garçons restent différenciées. On exige toujours beaucoup plus de docilité de la part des filles, qui restent donc en général plus soumises que les garçons au contrôle parental. Paradoxalement, les filles disposent de plus grandes marges de liberté et de créativité dans la construction de leur identité. En effet, elles ont davantage le droit de s'aventurer dans les domaines dit masculins, mais la réciproque n’est pas vraie car "le fantasme de l'homosexuel hante les parents d'aujourd'hui".

 

Les auteurs laissent le dernier mot à l'anthropologue Françoise Héritier qui nous dit, fort judicieusement, que c'est en essayant de connaître les différences de l'autre que l'on peut lutter le plus efficacement contre les inégalités. Le triste constat dressé par Belotti s'est donc considérablement éclairci, quoique la domination masculine existe toujours bel et bien : le combat en faveur de l'égalité des hommes et des femmes reste plus que jamais d'actualité.

 

http://www.nathan.fr

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