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Le Jibrile nouveau est arrivé !

Jibrile n°6 - printemps 2006
« Les (nouveaux) Maîtres du soupçon »
96 pp., 7 €

 

(par Samia Hammami)

 

Pour sa sixième livraison, Jibrile, la revue belge de critique politique et littéraire animée par Frédéric Dufoing et Frédéric Saenen, s’attaque, comme elle nous y a accoutumés au fil de ses précédents dossiers, à un morceau de taille : les (nouveaux) Maîtres du soupçon. Adoptant le parti de quitter les pas de Marx, Nietzsche et Freud (bien qu’elle fasse une entorse en accueillant l’excellente contribution de François Bousquet sur l’héritage du père de la psychanalyse), Jibrile brosse un panorama de figures-clefs moins communément convoquées mais pourtant essentielles à la compréhension et au décodage du réel qui nous entoure, de la modernité et de ses rouages.

Ainsi Frédéric Dufoing ouvre-t-il le bal : il dresse une impressionnante galerie de penseurs, allant d’Épicure à Anders en abordant Péguy, de Radkowsky, Bernanos et bien d’autres. Jacques de Guillebon, Patrick Troude-Chastenet et François de Ravignan maintiennent la cadence pour brillamment décortiquer, tour à tour, les parcours et les théories d’Ivan Illich, de Jacques Ellul et de François Partant. Au milieu de ce foisonnement idéologique, un courant singulier et passionnant, l’antispécisme, vient s’illustrer sous la plume d’Yves Bonnardel, tandis que Serge Latouche, membre fondateur du MAUSS, prend Jibrile à témoin et met un point d’orgue à cette émulation en lui confiant ses vues sur les idées de développement et de progrès.

 

On le voit : la revue réunit des voix rares et s’aventure hors des sentiers battus. Cette indépendance intellectuelle, cette liberté de ton et cette ouverture sans jugement préconçu font son originalité et l’apparentent à un vivier bouillonnant d’où sont susceptibles d’émerger des visions non conventionnelles. Toutefois, à certains moments, cela peut s’avérer une faiblesse et donner lieu, ici ou là, à des pages inégales…

 

Le reste s’articule autour des rubriques habituelles, comme les Cahiers ou les Semonces (parmi lesquelles le percutant article sur « La douloureuse colonoscopie française »). L’on se régale aussi de la rencontre pleine de subtilité et de légèreté avec Maître Jacques Vergès. Et les Belles Lettres là-dedans ? Malgré les portraits tout en finesse d’Albert Cossery et de Nicolas Gomez Dávilà esquissés par Frédéric Saenen, l’audacieuse exploration à rebours de l’œuvre du Marquis de Sade par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, et les nombreux comptes rendus faisant écho d’ouvrages ou de revues estimés incontournables, on déplorera la relative absence du pan littéraire dans ce numéro. Ce qui ne nous amène à attendre avec d’autant plus d’impatience la parution du prochain Jibrile qui aura pour thème « Langues, langages, discours » !

 

Ceux qui se définissent comme « des trentenaires tête-bêche creusant leur trou, quelques livres en poche et un sourire aux lèvres », ont encore, sans se départir de leur éternelle modestie, frappé juste. Voici donc une revue stimulante, et souvent exigeante, dont l’esprit de déconstruction constructif, loin des facilités des critiques « bêtes et méchantes » dont regorgent la plupart des magazines actuels, décrypte, fustige et épingle intelligemment les travers de notre société, ce qui ne risque pas de laisser indifférent. Dans un monde où tout se consomme sans effort, Jibrile, en constante évolution mais indéfectiblement fidèle à ses principes, nous pousse à nous investir, à (enfin) penser, à nous repositionner. Soit on joue le jeu et on en ressort, sinon changé, du moins « conscientisé » ; soit on jette l’éponge au bout de trois paragraphes et on passe à côté d’une réflexion salutaire ! À nous de choisir…

 

http://www.revuejibrile.com/

 

Diffusion

librairies liégeoises habituelles (L’Echappée Belle, Livre aux trésors, Pax), chez Tropismes à Bruxelles ou à la librairie des Editions l’Âge d’homme à Paris.

Signalons que, dorénavant, la publication sera également diffusée par les Editions ADEN

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