Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/11/2008

Au pays du grand n'importe quoi

img_321.jpgGombrowiczshow
Mise en scène de Sophie Perez et Xavier Boussiron
Compagnie du Zerep
Les Subsistances, Lyon
Du 5 au 7 novembre 2008

(par Nicolas Cavaillès)

Witold Gombrowicz, anti-conformiste rageur, théoricien surdéployé, romancier libéré, mais aussi dramaturge malgré lui, Gombrowicz le Polonais chaotique fait peur. Il faut une bonne dose d’auto-critique et d’audace pour se lancer dans la gageure d’un spectacle inspiré par son œuvre. Sophie Perez et Xavier Boussiron relèvent le défi, et, s’armant d’une incontrôlable folie ne lésinant sur rien, parviennent à rendre hommage sans dénaturer, à faire vivre sans statufier, à dynamiter sans trahir. Gorgé de Gombrowicz, leur Gombrowiczshow déborde de second degré, d’intelligence et d’ironie ; truffé d’allusions à la vie et à l’œuvre du maître (Les envoûtés, Opérette, des entretiens), il respecte parfois la lettre, et toujours l’esprit.


Bienvenue en Pologne : c’est un vaste capharanaüm morbide au milieu duquel trône une montagne fendue. Au fil des sketches, des saynètes et autres parodies, on y observe se déchaîner des paysans bourrus, des nobles dépités, des monstres stylés, des intellectuels mélancolico-bancaux, des amoureux violents, des costumes remuants, des masques morbides, et un grand oiseau mort, parmi d’autres animaux tout aussi morts que Gombrowicz. Les comédiens de la compagnie Zerep, tous nommés d’emblée pour couper court à l’Illusion Théâtrale, ces comédiens furieux se jettent corps et âme dans la confusion grotesque, et dans le déluge de bonnes idées et de bons gags qui les portent, réussissent à entretenir le fou rire du public et à toujours le relancer. Une fois passé un chauffement de salle un peu gros, le tout devient vite irrésistible, déjanté pour ne pas être déprimant, pointant d’un doigt assez indécent le gouffre lugubre qui guette à chaque instant le monde : la répétition, le déjà-vu, l’engourdissement dans les clichés (intimes, littéraires, musicaux, tout est lié).

Une certaine amertume sourd aussi derrière les élans loufoques de Gombrowicz. Jouant de son ambiguïté (haïssons-nous ce que nous parodions ? se demandent les metteurs en scène), on la canalise ici par un humour au goût d’aujourd’hui, et par une grand’soif de distraction, pour mieux déformer un univers fatalement plat, où tout a déjà eu lieu, et largement branlant, où tout n’en finit pas de se vautrer – à l’instar de cette grosse erreur bestiale et flagrante qu’est l’être humain, noyé dans un chaos d’objets insignifiants, d’autant plus troublants qu’ils sont éphémères. S’exprime et se communique alors non seulement un besoin, mais aussi un devoir de détoner.

http://www.les-subs.com/

Les commentaires sont fermés.