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La revanche du Nord

artop.jpgLe Cantique de l’apocalypse joyeuse
Arto Paasilina
traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Denoël, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce récit, loufoque comme la plupart de ceux de Paasilina, évoque comme le titre l’indique, une progressive fin du monde : tout s’arrête et c’est pas triste ! Guerre mondiale (dont on sait peu de choses, les communications étant coupées), catastrophes atomiques, Europe bien lointaine mais vue comme un recours, effondrement des démocraties… le tableau devrait être sombre.
Mais tout cela est vu de très loin, depuis un tout petit village du fin fond de la Laponie qui s’édifie au fil du roman et fait figure de paradis retrouvé. Partant d’une « fondation funéraire » faite pour satisfaire au vœu d’un défunt, athée et brûleur d’églises, qui pour se racheter fait construire une église (en bois) et son cimetière, le village se fait avec la venue d’écolos incapables mais sympathiques, d’artisans, d’une école, de réfugiés de divers endroits (lapons, russes, etc.) et fonctionne en autarcie.

On y trouve la jubilation des robinsonnades, avec des listes de vivres engrangés pour l’hiver, de constructions (en bois, bien sûr) faites et à faire, de routes à construire, de résolutions à prendre contre les éventuelles menaces de l’extérieur, et un refus du progrès : pas d’énergie autre que produite localement, pas d’importations, ce qui sauve le village de la catastrophe générale…

Tout cela se vit dans une franche gaieté. On boit beaucoup, on mange, on aime, on se trompe (mais sans fâcheries excessives), on va au sauna, on marche dans la neige, on fait des feux de joie, on se débarrasse de quelques bombinettes égarées aussi facilement que des ours acariâtres… et on débouche le tonneau de 100 litres de bière à la fin du roman, lorsque l’apocalypse finale arrive sous la forme de comètes se ruant sur la planète. Le lendemain, 26 décembre 2023, le soleil a changé de place, la Finlande fête Noël sous un ciel de printemps tandis que l’Europe a les pieds dans l’eau, que l’Asie a disparu et que l’on ne sait plus rien de l’Amérique.

Le texte de Paasilina écrit en 1992 et traduit seulement en 2008 en français peut être lu comme un avertissement salutaire. Il peut sembler aussi une fable politique régressive d’autant plus inquiétante qu’elle est attirante tout en faisant l’éloge du repli. Mais on y rit beaucoup, c’est toujours ça de pris en attendant la crise ultime. Au fait, comment ça va en Finlande ?

http://www.denoel.fr/Denoel/

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