Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Chroniques d’une Vieille Taupe - 3e épisode

tetu.jpgMonique la taupe vous invite à découvrir quelques albums...

 

(par Monique)

 

J’suis là, youhou !
Bon.
Mais quand même.

J’ai eu un moment d’absence, je sais. De désespoir. D’abandon aussi. Des trucs de vieille taupe. Je me posais des tas de questions, sur les bêtes, la vie sous Terre et l’aveuglement. Ben oui, je broyais du noir. Et quand je vois noir, c’est noir. La guerre, la mort de grand-papounet, la séparation, la peur au ventre lors de l’invasion des topinambours, tout ça a refait surface là-dessous, si je puis m’exprimer ainsi, et d’un coup.

Et puis hier, Bernard a dit le truc qu’il fallait pour que je remue :
- Monique, arrête de tirer une tête de cinq kilomètres, ou va t’enterrer ailleurs où j’y suis pas.

Bref. Il était temps de réagir. Je lui ai fichu un bon coup de patte dans le museau, et je suis montée. Tu devineras jamais sur quel livre je suis tombée, direct ! La cave aux oiseaux. Une histoire où justement, de sales bombes obligent les p’tits piou-piou à se terrer dans le noir en attendant que ça passe. J’ai eu la glotte qu’a joué des castagnotte-gnettes et les quenottes qu’ont eu la tremblette-blotte. C’était tout comme moi, ça, vindiou ! Heureusement, à la fin, dans cette histoire pas rigolote, il est question de liberté. Ouf ! Sauvée, Monique.

contedutapis1.jpgSauf qu’après ça, il me fallait au moins deux tonnes de rire pour me remonter le moral. J’ai fouillé comme une malade dans les piles, et j’ai déniché un petit livre bourré de bourriques, enfin, de mules. Il paraît qu’avant d’être têtues comme des mules, les mules, elles étaient vachement serviables. Ouais ben moi, je dis : faudrait voir, hein ! En même temps, on dit aveugle comme une taupe, et moi qui le suis, taupe, je peux vous assurer que je distingue bien les contours de la réalité ! Nan mais ! A part ce détail non négligeable, je me suis bien amusée. Vas-y Monique !

J’ai continué sur ma lancée au Zoo des animaux rigolos. Rigolo, rigolo, c’est vite dit. Se moquer des animaux, même s’ils ont de drôles de noms, saïmiri, coati, maki, pangolin, et de drôles de têtes, c’est rigolo ? Pas du tout ! Rrrha ! Voilà, je me suis énervée. Je l’aurais mangé ce livre, de rage. Les feuilles, va, mais l’encre, j’aime pas trop. Tout doux Monique, pense à ta sœur, la taupe, qu’est dans le caca jusqu’au cou.

 

zoorigolo.jpgIl me fallait un bel album pour m’apaiser, un grand format mimi. C’est là que je me suis arrêtée sur un caniche tout mimi avec un nœud-nœud rose autour du cou, juste sous le cerveau. Quoi ! Encore un qui cherche des poux aux bêtes ! Rabaisser un toutou comme ça c’est pas possible… Je me suis jetée sur le grand format et, parole, il s’en est fallu peu pour que je le réduise en miettes, c’te grand bestiaire. Tu sais comment il l’appelle, le gentil caniche sur son coussin rose ? Chien-chien-à-sa-mémère, qui ramène la baballe et donne la papatte. Des nèfles ! L’auteur, il est gaga ! J’ai refermé le livre et rebroussé chemin. Je préfère encore mon vieux bougon de Bernard.

J’allais crier ciao la compagnie Monique vous l’avez vue vous la verrez plus, plus jamais, quand soudain je me suis écrasée. Je faisais face à un tigre, et si je bougeais, il allait me sauter dessus et me dévorer. Certain. Ben oui. Je suis appétissante, moi, la vieille taupe Monique, c’est comme ça. Demande à Bernard. Puis j’ai lu. Pourquoi le tigre ne grimpe pas aux arbres. Parce que les taupes ne grimpent pas aux arbres, peut-être ? A coup sûr. Il était tapi là. Immobile. Pas mal, faut dire. C’est pas que Bernard soit pas beau, hein. Mais ce tigre… Quand même, je voulais savoir. Le problème, c’est qu’au premier mouvement… croc ! Combien de temps on est resté sans bouger un poil de museau ? J’sais pas moi. Comment je m’en suis sortie ? Ben, grâce à mon intelligence, quelle question !

Au bout d’un moment, j’ai analysé la situation. J’ai pensé : t’inquiète Monique, c’est qu’un livre. Un conte. Comme les autres qui se moquaient. Des fables. Rien que des mensonges. Ah les petits malins ! Ils ont failli m’avoir ! Mais Monique, elle est plus forte que tous. Z’entendez ? Allez ! Salut la compagnie ! Monique, vous la voyez ? Nan ! Et maintenant, vous la voyez, là ? Eh ben elle reviendra vous embêter, après les vacances, voilà !

 

 

 

cave.jpgLa cave aux oiseaux de J. Hoestland et B. Gibert, Syros

 

Quand on est grand, il est difficile de comprendre pourquoi des avions lâchent des bombes pour détruire une ville et peut-être tuer des innocents ; alors, la guerre, quand on est petit… Monsieur Eluard, le poète qui se retrouve dans la cave avec les autres habitants de l’immeuble, ne sait pas l’expliquer non plus. Lui, il sait raconter des histoires. Pour faire passer le temps, l’attente et la peur, il en commence une. Mais le mot fin, il ne l’aura pas… on a beau être poète, la liberté, d’expression, de vie, est entre les mains et dans la bouche des autres. Les enfants, ou tout un chacun finalement, pas spécialement écrivain. Juste humain. C’est une belle histoire que celle-ci, qui donne à réfléchir.

Encore faut-il ne pas passer à côté. Quant aux illustrations, montages astucieux de dessins, collages et photos, ils font flotter un air de liberté dans ce monde de destruction. Les humains sont des oiseaux (enterrés dans la cave pendant une bonne partie du livre), des oiseaux sans ailes, tiens… Reste que le livre est froid, dans son texte comme dans ses images. Un beau livre froid, qui parlera aux très grands, les émouvra s’ils réussissent à entrer dedans.

 

 

 

 

bestiaire4.jpgTêtu comme une mule, de M. Boilève et M. Le Huche, Hachette Jeunesse

 

Gentilles, prévenantes, secourables, bricoleuses, habiles, astucieuses, aimables, serviables, gentilles, les mules, gentilles, là, et même un peu… cruches ? En tout cas, débordées, et finalement au bord de la crise de nerfs ! Grève générale (ça vous parle?).

C’est drôle, très drôle, truffé de petits détails tant dans le texte que dans l’illustration (savoureuse Magali Le Huche qui en si peu de traits rend toute une gamme d’expressions du visage, enfin, des têtes, et pas seulement de mules…). Des expressions d’animaux, d’ailleurs, qu’on retrouve avec plaisir dans la collection «Tous au bestiaire !» des deux complices ; c’est très réussi.

Allez, tous au bestiaire !

 

 

 

 

 

Au zoo des animaux rigolos, de B. Villiot et C. Labaronne, Gautier-Languereau

 

Dans un registre différent, les animaux de ce zoo se déclinent comme des fables qui sonnent juste. Parfois la rime est un peu poussée, mais les textes valent plus que le détour. Ils méritent d’être lus à haute voix, entre le plat et le dessert, par exemple. Ils mettent face à face deux animaux dans une situation anecdotique. Qui des deux aura le dernier mot ?
La « Conversation éphémère » aura raison des lecteurs les plus difficiles. S’inquiétant de la santé d’un caméléon au teint tantôt verdâtre, tantôt jaunâtre, une naïve libellule conseille : «Tirez la langue, pour voir». La ligne suivante clôt l’histoire, tout est dit en peu de mots. La fin n’égalant que la faim. De grandes images très colorées sur un fond blanc, où les animaux sont pris sur le vif, comme en flagrant délit, illustrent ces fables amusantes. Le tout se termine par un planisphère accompagné d’un texte expliquant les origines des toucan, serpentaire, maki et autre ouaouaron. Il fallait y penser.

 

 

bestiaire..jpgLe grand bestiaire des animaux, de F. Kessler et O. Charpentier, Autrement.

 

Voici un très très bel album pour les adultes amoureux des animaux. Sur les pages de droite, de magnifiques peintures présentent nos amies les bêtes sur un joli papier beige. Sur les pages de gauche, des textes les définissent, écrits en gros caractères blancs sur fond de couleur pastel. Les auteurs semblent s’être fait plaisir, tant mieux pour les grands, ah ! l’humour, le cynisme, on aime, y’a pas à dire ; Monique la première. Et les petits n’enfants ? ça reste à prouver…

 

 

 

 

contesdutapis2.jpgPourquoi le tigre ne grimpe pas aux arbres, C. Zarcate et H. Zhihong.
Comment petit singe sauva son cœur ? de B. Chèze et F. Guiraud.
Le loup et la colombe, de N. Aceval et M. Galvin.
Collection les contes du tapis, Seuil jeunesse.

 

Puisque chez Autrement on s’occupe des grands enfants, cette collection de contes de pourquoi vient à point pour les petits. Le grand format et la matière tout-carton sont les deux premiers atouts de ces livres, faciles à manipuler. Et ils doivent l’être, car le but du jeu est de montrer les illustrations (il n’y a pas de texte, donc ?) aux enfants, et de raconter l’histoire qui figure sur la dernière page (ah !), sur un rabat à replier vers nous. Un rabat assez grand pour cacher le lecteur. Place au livre ! La voix est là, derrière, ou dans les images. Aussi, faut-il vraiment raconter ? Ou plutôt, laisser la liberté aux enfants d’imaginer ? Les illustrations se prêtent au jeu. Elles sont suffisamment évocatrices et empreintes de caractère pour délier les langues. A chaque titre son illustrateur – et son conteur aussi, mais il a un rôle moins important – et son univers particulier, correspondant à l’origine du conte. Monique a testé l’histoire du tigre avec Bernard, et ils se sont réconciliés ; allez-y les yeux fermés.

Les commentaires sont fermés.