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09/11/2008

Adolescence en fuite

9782844206848.jpgDans sa peau
De Benoît Broyard

Thierry Magnier, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce pourrait n’être qu’un roman social de plus : le héros de l’histoire est un adolescent qui fuit sa famille après avoir incendié une grange. Père alcoolique et chômeur (était-ce bien nécessaire ?), mère à antécédents psy (était ce bien nécessaire ?) et alcoolique elle aussi. Rien d’exaltant, donc, sur le plan du cadre de l’histoire.

Mais ce roman touche pourtant juste et fort. Tout d’abord par le choix de la voix qui le porte : celle du personnage dont on ne saura pas le nom, et qui se choisit le prénom d’un autre, Antoine. Une écriture à la première personne très habitée et saturée elle-même d’autres voix, celles de son passé qui sont restées inscrites en lui, comme gravées par la souffrance, voix du père, voix de la mère. Ce que disent ces voix ne relève pas de l’exception qu’aurait pu induire le contexte médico-social choisi, mais du banal, avec ses expressions triviales, trop entendues : une façon de dénoncer le langage des adulte très ordinaires lorsqu’ils s’adressent à leurs enfants.


Le langage d’Antoine est habité par d’autres et se fait le langage d’un autre pour tenter d’échapper à ces voix intérieures : installé clandestinement dans une maison au cœur de la forêt, il endosse l’identité du garçon dont il occupe la chambre et écrit un journal au nom de celui-ci, se servant des indices qu’il trouve ici et là : photos, lettres… se faisant lui même romancier inventant un monde. La fantaisie vire à l’hallucination lorsqu’il se met à interpréter tout ce qui arrive comme une émanation de cette famille qu’il s’est créée : une absence qu’il explique (celle de la sœur), une présence à qui il donne une identité (un musicien qu’il héberge silencieusement et à qui il fait endosser le rôle du grand père des enfants).
Autour de cette fuite qui se transforme en dérive de plus en plus délirante, la forêt est très présente. Le personnage la décrit, le ressent. Elle est une belle image de la solitude et de l’errance, à travers de très belles pages d’une belle écriture.

http://www.editions-thierry-magnier.com/

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