31.10.2008

Cap au Nord

GCOUV%20PILNIAK.JPGLe Pays d'Outre-passe

Boris Pilniak

Paulsen,  2007

 

(par Françoise Genevray)

 

Au cours de l'été 1924, Boris Pilniak prend part comme correspondant de presse à une expédition scientifique dirigée vers la Terre François-Joseph et qui le conduit de Mourmansk à l'Arctique, avant de faire retraite par le Spitzberg sans avoir atteint son objectif ultime. De cette expérience sort Zavolotchie (1925), traduit en français pour la première fois par Anne Coldefy-Faucard. Le Pays d'Outre-Passe, ainsi les manuscrits de Novgorod avaient-ils baptisé le grand Nord russe. La préface de la traductrice, par ailleurs spécialiste de Pilniak, situe parfaitement ce texte atypique à la fois dans son époque et dans l'évolution personnelle de son auteur. Après s'être illustré avec L'Année nue (1921), qui évoquait 1917 et la guerre civile, ce dernier s'interroge sur les enjeux humains d'une Révolution dont il partage l'utopie d'un monde nouveau et la confiance au progrès technique.

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29.10.2008

Méfions-nous des apparences

bnicodeme.jpgMensonges

Béatrice Nicodème
Timée, 2008

 

(par Blandine Longre)

 

Rien ne va plus entre Jacques Valette, chirurgien renommé qui a entamé la rédaction de ses mémoires, et son épouse Jeanne, journaliste, partie vivre à Paris. Depuis leur séparation, il habite une grande maison isolée, sans se douter qu’un inconnu s’apprête à lui rendre visite et à le séquestrer, pour des raisons encore obscures. Un cambrioleur de passage ? Un ancien patient venu régler ses comptes, suite à une opération qui aurait mal tourné ? L'intrus est en tout cas esthète et habile comédien, comme en témoignent son goût pour la mise en scène et son sens de la théâtralité. De son côté, Jeanne se morfond depuis la disparition de son amant, qui l’a quittée comme « un mirage », et elle se confie à un ami policier. Ensemble, ils retracent les pas du fuyard et découvrent que Valette le connaîtrait…

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« SF congelée »

sanvoisinfrois.jpgMathis, l’enfant qui venait du froid
Eric Sanvoisin
Editions Anna Chanel, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

La collection « teenager 2168 »  des éditions Anna Chanel, dédiée aux adolescents, promet de « nous plonger dans une réalité qui pourrait bien se superposer à la nôtre ». De fait, Mathis, l’enfant qui venait du froid, décline de nombreuses angoisses actuelles quant au futur de la planète et de l’humanité : la terre a été ravagée par des catastrophes causées par le réchauffement climatique, le contact des hommes avec l’univers naturel a été rompu ; ils sont obligés de vivre sous terre, ne se reproduisent plus, n’ont plus goût à rien. Dans cette société, ceux qu’on appelle les Réveillés, les malades venus du passé, gelés en attente de nouvelles découvertes médicales et progressivement ramenés à la vie sont censés tantôt la perturber, tantôt la sauver – on ne sait.

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26.10.2008

La douce magie de Chet

chet3.jpgChet Baker with the Bradley Young trio

Chet in Chicago

The legacy vol.5  (Enja ENJ – 9525 2 ; distr. Harmonia Mundi)

 

(par Jacques Chesnel)

  

Je me souviens de l’interrogation d’Yves Buin à la fin de son livre Thelonious Monk (Le Castor Astral) sur l’opportunité de publier des inédits ad infinitum : «  certes, de cette éventuelle profusion, nous le savons, il y aura présent le génie, mais celui-ci pourra demeurer secret et silencieux ; ainsi ne doit-on pas s’attendre à un catalogue de merveilles qui changerait l’opinion que l’on peut avoir de Monk. »

 

Rassurons-nous, ce n’est pas le cas pour Chet, tout au moins pour ce témoignage là enregistré deux ans presque jour pour jour avant sa mort à Amsterdam. Partageant la fin de sa vie entre l’Europe et les USA, Chet se trouve à Chicago quand il est invité par le pianiste local Bradley Young à être leader d’une session de studio mystèrieusement restée longtemps inédite et publiée aujourd’hui dans le cadre de la collection Chet Baker legacy dont c’est le  volume 5.

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La francophonie vue du Québec… et d’ailleurs.

9782896490455PI.jpgPourquoi la Francophonie ?
Sous la direction de Louise Beaudoin et Stéphane Paquin

vlb éditeur, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Louise Beaudoin et Stéphane Paquin, dans les domaines de la politique ou de l’enseignement, sont tous deux québécois, et l’on pouvait s’attendre à un ouvrage sur la Francophonie vue de leur pays – ce qui n’eût pas été choquant, au moment où s’y déroulait le Sommet de la Francophonie. C’est beaucoup plus que cela, puisque seuls deux des textes présentés ici (les deux derniers) fournissent des perspectives québécoises. Pour le reste, les contributions, qui émanent d’horizons divers, abordent des questions tant générales que spécifiques.

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25.10.2008

Enfance chinoise, entre gris et rouge.

maoetmoi.jpgMao et moi
Chen Jiang Hong
L’Ecole des loisirs, 2008 

(par B. Longre)

 

Chen Jiang Hong, peintre et illustrateur vivant en France depuis une vingtaine d’années, est né dans une grande ville du nord de la Chine, là où commence son récit autobiographique : une suite d’anecdotes et de souvenirs qui défilent dans l'ordre chronologique et laissent apparaitre, en filigrane, la douceur de la vie quotidienne, auprès de parents et de grands-parents aimants, et sa dureté. En 1966, il a trois ans, quand débute la révolution culturelle dont on connaît les conséquences désastreuses qu’elle a pu avoir sur le pays et les individus.

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Une histoire à la Prévert

scotton.jpgLe Ventre de la baleine.

Stanislas Cotton

Théâtre, Lansman éditeur, 2008

 

(par Annie Forest Abou-Mansour)

 

Le Ventre de la Baleine de Stanilas Cotton est un soliloque de trente neuf pages, privé de ponctuation, hésitant entre le théâtre et la poésie. Ce texte débordant  de modernité et de fantaisie linguistique donne à entendre une histoire à la Prévert, celle d’Aphrodite, une femme banale, malgré son prénom : « Oui je suis une idiote Une imbécile Une souillon Bonne à rien », une déesse de l’amour paradoxalement mal aimée : « Pourquoi un si gentil Un ami Un amant Pourquoi mutent ses mains douces en mains dures ».

Cette histoire ordinaire n’exclut cependant pas la poésie de l’écriture, la hardiesse des jeux de langage, les clins d’œil complices.  Le narrateur transforme le langage, opère des substitutions surprenantes en inversant les expressions : « Moi l’envolée au volant de ma vie l’embardement hors de l’alignement des jours ».

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24.10.2008

Nihil novi ?

arton298.jpgL’histoire cachée du nihilisme. Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche

Jean-Pierre Faye et Michèle Cohen-Halimi

La Fabrique, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

Ne désignant à proprement parler ni un dogme religieux ni une idéologie politique, le philosophème « nihilisme » méritait de faire l’objet d’une histoire sémantique. Voilà qui est chose faite, et de façon passionnante, dans un essai à quatre mains signé Jean-Pierre Faye et Michèle Cohen-Halimi. Retour sur un mot à l’évolution erratique, et qui, en deux siècles, se vit accaparé par des penseurs de différents acabits.

Tout commence sous la plume d’une figure bien oubliée de la Révolution française, le fervent conventionnel antireligieux et anticlérical Anacharsis Cloots, qui soutenait, en 1793 : « La république des droits de l’homme, à proprement parler, n’est ni théiste ni athée ; elle est nihiliste. L’invocation du législateur à je ne sais quel fantôme suprême est un hors-d’œuvre absurde. » La radicalité de Cloots déplut à Robespierre, plus prudent en matière de traitement des cultes et conscient de l’importance de la divinité au cœur du système de la vie sociale. Cloots mourut (sans prêtre, faut-il le préciser ?) sur l’échafaud, mais son néologisme était lâché et allait, comme l’explique Cohen-Halimi, « s’enfoncer dans les strates invisibles, à peine dicibles, du langage pour laisser peu à peu affleurer les bribes d’une continuité, rompue par des conflits d’interprétation ».

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Histoire d'exil

jsoler4.jpgLes exilés de la mémoire
Jordi Soler

traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu,
10-18, 2008 (Belfond, 2007)

 

(par Jean-Baptiste Monat)

Les exilés de la mémoire est le premier livre traduit en français de Jordi Soler, écrivain mexicain qui se replonge ici dans son histoire familiale. Il est plus particulièrement question de celle de son grand-père, Arcadi, combattant républicain espagnol ayant fui au moment de la chute de Barcelone. Commence alors pour cet homme qui, comme ses frères d'armes, pensait rallier l'Espagne quelques mois plus tard, un long périple à la fois épique et tragique qui se termine par l'acceptation déchirante de l'exil au Mexique.


Mais la première étape de ce périple, l'une des plus douloureuses, confrontera le lecteur français à un oubli, voire un déni sidérant d'un épisode historique. Henri-François Imbert avait consacré un film magnifique (No Pasaran) à ce trou de mémoire collectif touchant l'existence des camps sur les plages d'Argelès-sur-Mer, puis à Saint-Cyprien et Le Barcarès, où furent regroupés plusieurs centaines de milliers de réfugiés espagnols

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23.10.2008

Métamorphoses poétiques

L59240.jpgFleur bleue
Flynn Maria Bergmann
Navarino Editions, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

Si l’écriture est une recherche, il semble que pour Flynn Maria Bergmann, comme pour Novalis dans Heinrich von Ofterdingen ou pour Raymond Queneau dans plusieurs de ses romans, ce soit la recherche d’un idéal que tous trois (et accessoirement quelques autres) nomment « fleur bleue ». Et si écrire veut dire quelque chose (car « avant le verbe », le signe, le singe et l’herbe il y avait « l’eau » qui « ne voulait rien dire »), il semble que ce soit ce que les poètes ont toujours voulu exprimer, mais avec des mots, des vers, des phrases, des strophes bien à eux.

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