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Chroniques d’une vieille taupe - 4e épisode.

tigrr.jpgMonique la taupe vous invite à découvrir quelques albums...

 

(par Monique)

 

 

Me revoilà !

 

En pleine forme.

J’vous avais prévenus que je reviendrais vous embêter après les vacances. Et me revoili me revoilou. Ça sent encore les vacances dans la maison des livres. Une petite odeur de vert. Sens un coup, vas-y donc de la reniflette, pour une fois qu’on t’autorise, et « on » c’est pas n’importe qui, c’est Monique. Alors, tu sens ?

Tu dis ? Un parfum délicat de… bouse ? Tu… tu crois ? J’aurais enfin trouvé ?

Raté. Encore raté ! C’est l’Arlésienne, ma taupe à la tête crottée. Voilà ce que c’était :

Une vache dans ma chambre. Meuh non ! moi c’est une taupe, que j’ai dans ma chambre, Bernard de mon cœur. Mais tout de même, par curiosité, j’ai ouvert le livre avec sa vache de couverture à l’envers, dans l’eau, comme en apesanteur et là, c’est ma tête qui s’est mise à tourner, avec les mots, avec les vers libres, ah ! la poésie, ça nous rend la vie plus douce, tout de même. « J’aimerais être un ruminant pour manger l’herbe de ma chambre et digérer le silence de la nuit .» Et moi, Monique, qu’est-ce que j’aimerais être ? J’aimerais être… Si t’as une idée, aide-moi. Tu peux. J’aimerais être… Bidiou ! Je peux avoir un joker, appeler Bernard ? Pas tout de suite ? Je dois réfléchir un peu, avant ? J’aimerais être…

Dans la maison du livre, je te fais un de ces regards d’appel au secours à l’aide allô olé oh là là, et je tombe aussi sec sur Ted.

Ted est le chien de la rentrée. Le seul qu’on n’a pas oublié en vacances sur une aire d’autoroute, ou dans une voiture en plein cagnard, sans la piscine intérieure et la bouée de sauvetage. En plus, Ted, lui, il sait. Ted voudrait être… attends que je lise correctement… un humain ! Complètement dingue, le Teddy. L’a rien compris.

Allez, coucouche panier le chien.

Je me dirige vers un gros chat tigré, même que c’est un tigre, non, c’est un tigrrr. Pas intimidée pour un sou depuis ma dernière confrontation avec un de ses frères, je m’en vais lui poser ma question à dix mille euros :

-          Salut toi, dis, tu aimerais…

-          Faire pipi tranquille, je demande pas grand-chose, moi !

Je me retiens de lui faire remarquer qu’il manque d’imagination, voire d’ambition, mais carpette, la Monique, pas un mot. Mince alors ! Je ne sais pas, il pourrait… il pourrait… il pourrait vouloir être un prince, non ! un roi, un tigre botté, un héros de conte de fées, tiens ! Comment ! il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées, et pourquoi ça ? Il n’y a pas d’arêtes dans le bifteck, d’accord, mais d’autruches dans les contes de fées, je veux ! Et des taupes, aussi. Qui est ce bachi-bouzouk qui ose prétendre que les autruches… ?

Je te feuillette ça en trente secondes, moi !

Et j’avoue que là, le type, il n’a pas tort.

Exit les autruches des contes.

Mais les taupes, faudrait voir, qu’on en discute, si je le rencontre un jour, cet auteur illustrateur. Et lui, il voudrait être quoi, d’ailleurs ? Eléphant à tête de poisson ? Les éléphants, enfin, les chats, il connaît un peu, j’ai entendu dire. Mmmf ! Eléphant à tête de poisson, ça lui irait bien. J’ai trouvé ça dans le bestiaire universel du professeur Revillod. Il nomme cet animal « Queueléphant : poisson capricieux à l’allure majestueuse des jungles indiennes »

Et Monique, elle aimerait quoi donc ? J’aimerais être un… allez, au pif ! « Kimeau monbérien : oiseau nocturne d’un naturel flegmatique du Grand Nord »

Bof. Pas joli joli.

Finalement, j’aimerais tout aussi bien être une taupe. Une taupe normale, sans crotte sur la tête. Une taupe comme moi, tiens, par exemple. Je suis sûr que Bernard aurait la même idée.

-          Bernard !

-          Ouais. Descends, c’est l’heure de « Qui veut faire le tour du monde sous la terre ? »

Mon heure de conte préférée ! Bon, tu m’excuseras, là, mais j’ai rendez-vous.

 

 

 

vaches.jpgUne vache dans ma chambre, de D. Cagnard et A. Léonard, Motus.

 

Il en va des vaches dans les champs comme des enfants perdus dans les bois, soit on les adopte, soit on les mange. Ce nouveau recueil de poèmes de la collection « Pommes pirates papillons » rend hommage à nos amies les vaches, paysages à elles seules, amoureuses de la liberté, voyageuses immobiles, ruminantes d’idées simples sans être simplistes ou simplettes. Les poèmes courts de Dominique Cagnard cherchent l’épure. Dans cette économie de mots, on se figurerait presque dans la nature, broutant puis digérant la vie même.

Les photos montages d’Aude Léonard épousent à merveille la rêverie ambiante, et l’on ne s’étonne pas que ces grosses et grasses vaches puissent s’envoler avec grâce et légèreté.

 

 

ted.jpgTed, de V. Safatly, L’atelier du poisson soluble.

 

On avait eu droit en 2004 à d’excellentes sardines mises en boîte par Delphine Perret (Le peuple des sardines, L’atelier du poisson soluble.), c’est le tour d’un brave chien. Même format, même combat, celui des bêtes face aux hommes…

Gentil toutou, Ted tient aisément dans une poche arrière de pantalon, semblable à un trousseau de clefs, un téléphone portable ou un bloc-notes. Mieux : il ne demande pas sa pâtée à l’heure du dîner. Ted est un livre dans lequel Ted est le chien qui veut devenir un homme, ou même une femme (Ted n’est pas trop difficile), comme beaucoup rêvent d’être artiiiiiistes. Or voilà, le jour où ce rêve par miracle se réalise (il ne comprends pas comment cela arrive, toujours est-il que ça arrive), Ted va vite déchanter. Lui qui, contrairement à ses maîtres, aurait fait beaucoup de choses intelligentes si jamais gnagnagna, se retrouve à faire exactement comme eux, en gros métro boulot télélavagedecerveau dodo. Le Ted de Valérie Safatly, c’est un peu chacun d’entre nous, si nous nous laissons manger par le train-train quotidien. Force est de constater avec ce mini album qui tire vers la bédé, que bien souvent, l’homme mène une vie de chien. Ici, pour notre plus grand plaisir.

 

 

Tigrrr, de N. Laurent et S. Bravi, loulou & Cie, l’école des loisirs.

 

Les tout-petits seront ravis de découvrir ce tout carton coloré, agrémenté çà et là de rayures noires de… tigrrr. Grrr, pense-t-on quand on parle du félin. Et c’est la panique générale. Dans Tigrrr, effectivement, le tigre s’échappe du zoo. Mais nous sommes face à une auteure astucieuse, qui dès la première ligne, nous met la puce à l’oreille : « Attention Mesdames et Messieurs ! » Où va donc se tigre ? Dévorer quelques hommes pour son quatre heures ? Et le lecteur réagit comme les différents personnages qui croisent la route du tigre en promenade puis en fuite : ils le regardent, étonnés ou effarés. Piétons, chauffeurs, enfants, armée de terre, de l’air et tutti quanti, gare au tigre ! C’est que… le texte, comme un commentaire de journaliste suivant pas à pas un être dangereux pour le scoop du siècle, fait frémir. Avec le sourire. Du tout carton, le duo Laurent-Bravi parodie le fait divers du 20 heures de chaînes que nous ne nommerons pas, bien sûr, et tourne en ridicule un non événement. Attention, Mesdames et Messieurs ! Le tigre va… faire pipi.

 

 

autruches.jpgIl n’y a pas d’autruches dans les contes de fées, de G. Bachelet, Seuil jeunesse.

 

Le regard se pose d’abord sur l’autruche, et sur son œil écarquillé. Puis nous reconnaissons, au bout d’un instant, une citrouille explosée par la même autruche (lourde, l’autruche). Ladite autruche porte, en guise de collier, un réveil réglé sur douze heures. Ou serait-ce minuit ? A ses pieds, un étrange soulier, de vair, et surtout, à deux doigts crochus, d’un chic ! Mais ne pensons pas que cette autruche est japonaise. Et qui sont ces rats, ce crapaud et ces souris qui rient d’elle ? Quelle est cette drôle d’autruche à chapeau de citrouille ? Et que fait-elle là, les fesses à terre, est-ce la faute à Voltaire ? Nenni ! C’est la faute à Gilles Bachelet, qui en une couverture éloquente, nous démontre que notre autruche ne peut être Cendrillon. Ni chaperon, ni Gretel, ni vilaine petite autruche, « elle nage trop médiocrement ». La preuve par dix-sept essais de contes de fées à l’autruche est vite faite très bien faite. A chaque tableau, un titre de conte possible (en haut de l’illustration) et une phrase (en bas de l’illustration) résumant l’impossible accomplissement de la féerie. De quoi nous faire croire qu’à la fin, pour ce qui est de l’avenir des autruches : ils ne se marièrent pas et n’eurent pas beaucoup d’enfants. Prière de vérifier dans l’album.

 

 

bestiaireuniv.jpgBestiaire universel du Professeur Revillod, de M. Murugarren et J. Saez Castan, Autrement.

 

De chapeau mexicain, nous n’en trouverons pas dans ce fabuleux almanach de la faune mondiale. Mais… chapeau bas, Messieurs ! A partir de seize gravures, ce livre combinatoire délicieusement loufoque entraîne le lecteur dans des contrées improbables aux animaux fantastiques. Nom, mode de vie, origine, tout y est. Qui ne connaît pas l’hustouar ? Ce spécimen canin à la carapace articulée du continent austral ne manquera pas de séduire les enfants curieux, à l’âme exploratrice. Tout comme les autres espèces en voie d’apparition et de disparition – au gré des pages tournées. L’amateur de mathématiques en répertoriera 4096. Et le lecteur émerveillé créera l’animal… sans compter.

 

 

 

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