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24/06/2008

« Le bonheur c’est simple comme une lobotomie »

carazina3.jpgHeureux les simples d’esprit

Cara Zina

Robert Laffont, 2008

 

(Par Caroline Scandale)

 

 

C’est l’histoire d’une résistance à la crétinerie établie, l’immersion réaliste dans le monde glauque des squats puis dans le quotidien funky d’une institutrice de province. Le roman s’inspire de la vie de son auteure Cara Zina mais son héroïne est encore plus radicale qu’elle. Cette autofiction est aussi rythmée et révoltée que les textes punk’n’rap écrits il y a presque vingt ans avec son amie Virginie Despentes au sein des Straight Royeur.

Elles se rencontrent en colo. « Quand elle était petite, la grande n’était pas encore Virginie Despentes, mais c’était déjà quelqu’un, une forte tête, à la voix grave et railleuse et à la carrure rassurante, une énergie encore en friche qui ne demandait qu’à sortir et que je ne demandais qu’à suivre. » A son contact elle devient punk et ensemble elles suivent les Beruriers Noirs à travers la France entière, en tapant la manche avec d’autres adeptes de la crête, rencontrés en route. Entre squats et back-stages de concerts, Cara et Virginie mettent leur rage au service de la lutte anti sexiste et anti raciste. Elles montent leur propre groupe et écrivent des textes énervés contre la prédominance blanche et mâle.


Quelques années plus tard, devenue adulte et monogame, intégrée socialement et bien sous tout rapport, notre héroïne ne s’est pourtant jamais éloignée de ses désirs d’adolescente. Entre maturité et insoumission, nous la suivons à travers ses contradictions et sa quête d’équilibre. Un jour, son couple finit par se fracasser dans le sang, quand son compagnon sombre dans la schizophrénie. Là, elle se heurte au fanatisme et prend son envol, son fils et son fauteuil roulant sous le bras. Instit atypique, maman d’un petit « pas comme les autres », féministe convaincue et midinette romantique, elle incarne à merveille la femme moderne, qui ne rentre dans aucun moule et refuse d’être une victime. Elle prend la vie du bon côté malgré ses aléas et refuse la dictature du genre. Mère et femme libre à la fois, elle revendique le droit de jouir de la vie. « Mon fils est à moitié arabe, petit et handicapé, si ça se trouve il sera communiste et pédé […] alors je revendique le droit de trouver ça cool d’être différent, et d’oublier qu’on ne l’a pas souhaité ». Après voir tenté de se fondre dans le moule, aspiré à une vie tranquille et ordinaire, en couple et fonctionnaire, le destin la ramène sur le côté, dans la marge. La spécificité de son fils la conduit à renoncer aux archétypes de normalité, à reprendre la lutte aux cotés des rejetés, des paralysés « car le bonheur devrait être accessible aux esprits torturés ».

 

 Sans égaler le style résolument débraillée et rock'n'roll de "la grande", le premier roman de Cara Zina est réjouissant d'insoumission, d'optimisme et d'humour. On retrouve dans sa prose une vision féministe semblable à celle de Virginie Despentes, incarnée dans ces quelques paroles chantées au sein de leur groupe: Je me fous d'être jolie / Je me fous d'être pas cool / Je me fous d'être une fille. Cara Zina écrit pour montrer à tous ceux que le féminisme fait fuir, qu'aujourd'hui il est toujours difficile d'être une femme quand on refuse d'être une victime. C’est « une histoire de craquette mais sur un ton virulent » qu’on imaginerait volontiers lu à voix haute. Rédigé à la manière d’un one woman show, son livre est un texte mordant sur l’acceptation de la différence. Il démontre que les différences n’empêchent pas de s’assembler. Ode à la non résignation, on referme ce roman en se disant que « le bonheur c’est simple comme une lobotomie ».

 

http://www.laffont.fr/

 

http://www.dailymotion.com/video

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