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Tu seras notable, mon fils

tstorm3.jpgLe fils du marin (Hans et Heinz Kirch)

Theodor Storm

Traduit de l’allemand par Roland Fuentès

Syros, collection « Les uns les autres », 2007

Dès 14 ans

 

(par Myriam Gallot)

  

En mer baltique, Hans Kirch a travaillé très dur pour réussir à devenir propriétaire de son navire et à s’enrichir grâce au commerce et à la navigation. C’est tout naturellement qu’il ambitionne pour son fils unique, Heinz, de développer l’affaire familiale et de se hisser aux plus hautes fonctions politiques locales, consécration d’une ascension sociale sur plusieurs générations. Comme beaucoup de parents, il envisage l’existence de son fils comme la continuation de sa propre existence et fonde de grands espoirs en son rejeton. Tel est le point de départ de ce roman dense et poignant, un classique de la littérature allemande du XIXème siècle qui paraît dans une nouvelle traduction française.

Bien sûr, Heinz ne ressemblera nullement au fils idéal imaginé par son père. Tempérament fougueux, il rêvera d’amour et de liberté, là où son père pense fortune, réputation et réussite sociale. L’un comme l’autre s’enfermera dans sa souffrance et sa frustration. « Le fils du marin » peut se lire comme une remise en cause des valeurs morales bourgeoises, régissant les relations entre les sexes (Heinz ose partir en excursion en bateau avec une fille à la nuit tombée!), vouant un culte à l’argent et aux honneurs publics, au mépris de l’humain, et en particulier des sentiments, jusqu’au reniement de l’autre, et par conséquent, de soi. Comme l’indique la ressemblance de leurs prénoms, Hans et Heinz, bien que singuliers, sont du même sang et ne peuvent nier leur commune appartenance à une lignée. Qu’ils le veuillent ou non, le destin de l’un n’ira pas sans affecter le destin de l’autre, qu’ils parviennent ou non à composer avec leur divergences de vue et de caractère.

 

La narration très serrée, d’une habileté qui frôle le virtuose, sait ménager ses effets sans en faire trop, et adopte tour à tour le point de vue de chacun des personnages sans jamais privilégier l’un ni l’autre. Par l’intensité de l’action et des émotions, on reconnaît la facture des meilleurs romans de l’époque, ceux qu’on ne lâche plus dès qu’on les a commencés (« Le fils du marin » peut évoquer les romans de Victor Hugo ou d’Emile Zola au lecteur français).

 

Aujourd’hui, la pesanteur morale du XIXème siècle pourrait paraître datée, et pourtant, peut-être plus que jamais, les attentes parentales pèsent parfois lourd sur les épaules de nos jeunes gens, dont les aspirations et habilités sont parfois tout autres. Savoir se montrer à la hauteur des attentes, et apprendre à composer entre ce qu’il est et ce que l’on espère de lui, n’est-ce pas une nécessité à laquelle chacun se trouve un jour confronté ? Comme tout grand roman, « Le fil du marin », à travers des trajectoires individuelles, pose à son lecteur des questions universelles. Il pourra toucher les adolescents, même s’il ne leur est pas spécifiquement destiné à l’origine.

 

www.syros.fr

 

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