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13/05/2008

Savourer sa vie

jtiano3.jpgL’enchanteur et illustrissime gâteau café-café d’Irina Sasson

Joëlle Tiano

Intervista, collection Les mues, 2007

 

(par Myriam Gallot)

  

« Pour un gâteau de huit convives compter trois paquets de Thé Brun, 125 grammes de beurre fin, de Normandie de préférence, sept cuillères à bouche de sucre en poudre et un sachet de sucre vanillé ou une pointe à couteau des graines d’une gousse fendue en deux… »

 

Ainsi commence la recette aux contours de laquelle s’écrit la destinée d’Irina Sasson, la clé de voûte d’une existence et d’un roman au ton aussi enchanteur – à défaut d’être illustrissime - que le mythique gâteau café-café. Entre la pâtisserie et la vie, pas de frontière car c’est parfois en cuisine que se dessinent les arcanes d’une psyché féminine, à l’écart des bruits du vaste monde. Les mots de la recette, désuets et envoûtants comme le gâteau d’Irina, récités dans toutes les langues de son histoire, rythment sa mémoire comme une litanie et la bercent au crépuscule de sa vie.


Ce fut une jeune Parisienne originaire des Balkans contrainte d’épouser un homme plus âgé qu’elle et de partir vivre auprès de sa belle-famille dans une grande maison coloniale d’Amérique du Sud. Ce fut le retour imaginé auprès des siens, jamais réalisé, la guerre et la déportation en ayant décidé autrement pour elle. Ce fut un enfant qui tarda à venir, une lettre jamais expédiée, un amant traversant à pas feutré un quotidien un peu trop pâle. Ce fut un besoin de liberté étanché la nuit auprès du fleuve tropical, un rire incongru mais vital, les thème et variations de la vie conjugale, une vieille sage-femme indienne convoquant les forces de la création, le plaisir charnel découvert sans l’avoir jamais cherché, comme une heureuse surprise.

 

Ce fut cet instant de grâce où Irina, à 80 ans, accepta finalement de se satisfaire de ce que fut son temps sur la terre, ses joies et ses douleurs, à s’accommoder des rôles qu’elle fut amenée à endosser - une mue ténue mais fondamentale, opérée en refaisant, geste à geste, une fois encore, son gâteau café-café. Ces menus détails caressants et légers constituent  l’essentiel des souvenirs d’Irina, devenue une très vieille dame aux jolies mains plissées de centenaire, contemplée par sa petite-fille venue lui annoncer une importante nouvelle.

 

Joëlle Tiano réussit un subtil premier roman, puissant et aérien comme le gâteau d’Irina. Un récit par petites touches, pour explorer les silences. Un roman très féminin, qui distille le bonheur, et révèle la recette toute simple pour savoir savourer sa propre vie.

 

http://www.editionsintervista.com

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