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10/05/2008

Plus légers que l’air

maupassant3.jpgEn l’air et autres chroniques d’altitude
Guy de Maupassant
Editions du sonneur, 2008

(par Myriam Gallot)

Les sympathiques éditions du sonneur proposent trois belles chroniques littéraires sur le vol en dirigeable, signées Maupassant, parues dans Le Figaro en 1887. L’écrivain a embarqué deux fois à bord de ces géants tour à tour placides et nerveux. En lisant ses articles, on comprend que se promener dans les airs n’était pas sans risque, vu dans quelles conditions étaient gérés la direction, l’altitude, puis – plus artisanal et folklorique encore – l’atterrissage.

Conscient d’être privilégié, Maupassant nous fait voyager avec lui sur l’aérostat, « De Paris à Heyst » (deuxième chronique). Cet étonnant reportage est cinématographique avant l’heure, tant il nous donne à voir et à imaginer. Croquée de là-haut, Paris devient « une plaque sombre, bleuâtre, hachée par les rues, et d’où s’élancent de place en place, des dômes, des tours, des flèches ».


Le ballon évolue dans une sorte d’entre-deux enivrant. La nuit succède au jour en une rêverie spatiale dans laquelle s’assemblent la lune, les nuages, l’étoile polaire, et aussi les odeurs et les sons terrestres. L’exploration du ciel, pour Maupassant, c’est avant tout une promesse poétique, se faire « esclave du vent », envahi d’« un bien-être profond, inconnu (…) bien-être du corps et de l’esprit, fait de nonchalance, de repos infini, d’oubli, d’indifférence à tout, et de cette sensation nouvelle de traverser l’espace sans rien sentir de ce qui rend insupportable le mouvement, sans bruit, sans secousses et sans trépidations ».

De ces trois articles émane un charme un tantinet désuet, qui rappelle par l’enthousiasme scientiste Jules Verne et Villiers de l’Isle-Adam. Tout l’esprit d’une époque transparaît, la modernité, sa foi un peu magique en le progrès et l’immensité de ce qui reste à découvrir. « Chaque fois que nous passons dans un village, ce sont des clameurs enfantines qui dominent tout et montent dans le ciel avec le plus d’acuité. Des hommes nous appellent ; des locomotives sifflent ». Lire ces chroniques de Maupassant, c’est comme retrouver le goût de la première fois, une brise légère et juvénile sur notre esprit blasé qui a cessé de s’émerveiller de ce miracle : voler dans les airs.

Pour prolonger la lecture, l’éditeur nous offre deux petits bonus sur son site Internet : un extrait de Mémoires du géant de Félix Nadar et Vingt-quatre minutes en ballon de Jules Verne.

http://www.editionsdusonneur.com/Maupassant.html

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