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02/07/2008

Penser la responsabilité des hommes à l’égard des animaux

ethiqueanimale3.jpgEthique animale

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer

PUF, collection éthique et philosophie morale, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

L’éthique animale est la branche de la philosophie morale qui cherche à penser la relation entre l’homme et l’animal. Très développée dans les pays anglo-saxons, elle est encore embryonnaire en France, pour des raisons essentiellement culturelles (une tradition culinaire et un humanisme fortement ancrés). Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, chercheur à l’EHESS et enseignant, propose dans cet ouvrage une introduction aux différents courants de pensée en éthique animale, dans une synthèse assez complète qui s’adresse à ceux qui ne connaissent pas bien cette question fondamentale, et de plus en plus présente dans les débats contemporains.

 

Oubliez tout de suite Brigitte Bardot et ses bébés phoques. Ce n’est pas du tout ce dont il s’agit. Pour l’auteur, ce type d’intervention pour le bien-être des animaux a durablement discrédité leur cause aux yeux de l’opinion, l’assimilant à un sentimentalisme larmoyant dénué de fondement rationnel. Si connaître les différentes formes de maltraitance de l’animal par l’homme constitue bien un point de départ à la réflexion (un exposé exhaustif des problèmes constitue la deuxième partie de l’ouvrage), elle ne saurait suffire pour comprendre les enjeux de la relation entre l’homme et l’animal.


Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer expose dans « Ethique animale » de nombreux courants de pensée, de l’Antiquité au XXIème siècle, du militantisme extrémiste aux contradicteurs les plus virulents de l’éthique animale, de l’anthropocentrisme à l’antispécisme, en accordant une place non négligeable aux philosophes français qui s’intéressent au sujet. Il aborde aussi les angles religieux, scientifique, politique, et même féministe.

 

Mais son ouvrage n’est pas une compilation froide de différentes approches. Au contraire, les considérer les unes par rapport aux autres ne l’empêche pas d’afficher clairement son positionnement personnel : il est utilitariste et pragmatique, dans la lignée du philosophe Peter Singer qui préface l’ouvrage. Son point de vue est modéré et cherche avant tout à mesurer les conséquences des actes, plutôt que de se reposer sur des principes (le déontologisme). Il est réformiste, c’est-à-dire favorable à tout ce qui peut améliorer le traitement de l’animal par l’homme, plutôt qu’abolitionniste (exigeant l’arrêt immédiat de toute exploitation animale).

 

Cette approche modérée présente l’avantage d’être fédératrice et d’engager le lecteur à se sentir concerné lui aussi par le sujet, sans avoir l’impression de se faire embrigader dans un radicalisme qui susciterait sa méfiance. « Ethique animale » donne les outils pour aborder sereinement un sujet polémique et souvent évacué par des stratégies d’exclusion puissantes, qui ont pour fonction de nous rassurer et nous conduisent à trouver normal d’exploiter les animaux (en particulier le maniement de l’euphémisme, qui déguise la réalité, ou différents discours-alibis intégrés dès l’enfance, et analysés par l’auteur).

 

Une lecture convaincante, qui introduit à une réflexion morale dont on ne peut plus faire l’économie.

 

http://www.puf.com

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