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26/10/2008

La douce magie de Chet

chet3.jpgChet Baker with the Bradley Young trio

Chet in Chicago

The legacy vol.5  (Enja ENJ – 9525 2 ; distr. Harmonia Mundi)

 

(par Jacques Chesnel)

  

Je me souviens de l’interrogation d’Yves Buin à la fin de son livre Thelonious Monk (Le Castor Astral) sur l’opportunité de publier des inédits ad infinitum : «  certes, de cette éventuelle profusion, nous le savons, il y aura présent le génie, mais celui-ci pourra demeurer secret et silencieux ; ainsi ne doit-on pas s’attendre à un catalogue de merveilles qui changerait l’opinion que l’on peut avoir de Monk. »

 

Rassurons-nous, ce n’est pas le cas pour Chet, tout au moins pour ce témoignage là enregistré deux ans presque jour pour jour avant sa mort à Amsterdam. Partageant la fin de sa vie entre l’Europe et les USA, Chet se trouve à Chicago quand il est invité par le pianiste local Bradley Young à être leader d’une session de studio mystèrieusement restée longtemps inédite et publiée aujourd’hui dans le cadre de la collection Chet Baker legacy dont c’est le  volume 5.


Nous connaissons les démons et tourments qui habitèrent le corps et l’esprit de cet écorché vif et des conséquences sur ses prestations de musicien : des jours avec, des jours sans ; il semble bien que là, le trompettiste se trouve dans de bonnes conditions, car ce témoignage constitué de thèmes maintes fois joués, certains diront ressassés, est absolument remarquable, en tous points (lire le livre de James Gavin La longue nuit de Chet Baker, Denoël 2008, la discographie).

 

Saluons d’abord, une fois n’est pas coutume, les membres du trio chicagoan : le pianiste Bradley Young qui, s’il ne fait oublier notre cher Michel Graillier qui fut LE pianiste de Chet, s’acquitte très honorablement de sa tâche, soutenu par ses compagnons qui se produisirent en d’autres recommandables compagnies (les pianistes George Shearing et Ramsey Lewis).

On remarquera particulièrement l’intro inhabituelle de Old Devil Moon sur un tempo lent avec une sonorité proche du bugle, la qualité émotionnelle superbement exprimée dans l’une des plus belles ballades de jazz signées Jules Styne, We’ll Be Together Again (également magnifiée par les interprétations d’un autre génie, le pianiste Bill Evans). On sent Chet un peu moins à l’aise dans les thèmes purement be-bop (ce n’est plus sa musique) et le miracle se reproduit avec My Funny Valentine dont Chet par sa voix éfface les rides qu’elle a dû prendre depuis sa création par Richard Rodgers en 1937.

Un pur moment de calme, de luxe, de volupté, de poésie dans notre monde de brutes. Un grand millésime… avant le naufrage final.

 

Chet Baker (trompette, chant), Bradley Young (piano), Larry Gray (contrebasse), Rusty Jones (batterie) + Ed Peterson (saxophone ténor sur plages 4,5,7)

 

1/ Old devil Moon.  2/ It’s You or no One.  3/ We’ll be Togheter Again. 4/ Ornithology.  5/ Crazy Rhythm.  6/ My Funny Valentine.  7/ Sippin’ at Bells.  8/ Solar. Enregistrement à Chicago le 11 mai 1986.

 

http://www.enjarecords.com/

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