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Désynchronisation familiale

100prcent3.jpg100% chimique

Doeschka Meijsing

Traduit du néerlandais par Charles Franken

Le Castor Astral, « escales des lettres », 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

C’est une histoire de famille, retorse et ambivalente. Une famille où les hommes n’ont jamais vraiment eu leur mot à dire et où ce sont les femmes qui occupent le devant de la scène, en premier chef la pétulante arrière-grand-mère, modiste allemande, Maria Blumenträger, puis ses filles, petites-filles, jusqu’à son arrière petite-fille, qui tente de compléter le puzzle de ces Allemands devenus Néerlandais par nécessité, « immigrés qui ont refermé la porte derrière eux. »

 

La narratrice livre une guérilla sans merci à sa mère Ilna qui refuse de livrer ses souvenirs à sa fille, dont elle se méfie. Nous sommes 100% chimique, a entendu dire cette dernière à la télé, alors à quoi bon aller chercher l’âme de la famille ? Pourquoi vouloir inventer n’importe quoi ?

 

Sans aucun égard pour la chronologie, la narratrice nous balade d’époque en époque, d’une branche à l’autre de l’arbre généalogique, de génération en génération, d’un bout à l’autre du XXème siècle, à la recherche de ses origines. Elle  tisse la trame d’une histoire parfois chaotique, met à jour quelques mystères, en débusque beaucoup d’autres indéchiffrables. Elle reconstitue des évènements dont l’unité se cristallise autour d’objets cruciaux et anecdotiques qui chapeautent les destinées familiales (voitures, chaussures, laine, plumes) et autour de lieux emblématiques : l’Allemagne fuie dans les années 30, les Pays-Bas terre d’accueil parfois revêche, et la lumineuse Italie au ciel bleu clair des vacances.

 

Héritages, atavismes, rancoeurs, hauts-faits, décès, non-dits, jardins secrets, fuites, mariages, amitiés - la parole, tel un geyser imprévisible, fait parfois émerger les fantômes. Analogues à Pfiffikus, le perroquet de l’arrière-grand-père particulièrement doué pour le langage, les tournures idiomatiques d’Ilna la trahissent plus qu’elle ne le voudrait car on peut essayer de dénier le passé, la langue maternelle se charge de nous y ramener irrémédiablement.

 

100% chimique est une chronique familiale atypique dans sa forme, et pas toujours facile à suivre pour le lecteur tant cet art du coq-à-l’âne déstabilise et désarçonne. Mais Doeschka Meijsing pouvait-elle démêler l’écheveau du passé et tout mettre à plat sans compresser scandaleusement l’épaisseur de l’Histoire, et, plus opaque encore, celle des individus ? Reconnue dans son pays où elle a publié de nombreux ouvrages, elle est encore en France un auteur confidentiel à découvrir.

 

http://www.castorastral.com

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