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Cachez ce sein…

idelette3.jpgLa garde-robe ou Les phrases de taffetas

Idelette de Bure

Arléa, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Certains noms de tissus et de vêtements sont presque aussi beaux que les étoffes et les atours qu’ils désignent. Caraco, cardigan, gabardine, catogan, corsage, soie grège, capeline, houppelande : comment rester insensible à la puissance de suggestion de ces mots un peu magiciens ?

 

C’est un envoûtement que la belle écriture ô combien sensuelle et féminine d’Idelette de Bure. Une délicieuse poésie de l’artifice, dont la légèreté n’a rien de superficiel. Bien au contraire, une femme - la narratrice - se drape et se dévoile dans ses parures, tour à tour mousseline transparente et carapace, en un jeu de cache-cache à la malice duquel le pseudonyme de l’auteur vient encore ajouter (mais oui ! souvenez-vous ! Idelette, la discrète épouse de Jean Calvin, celui-là même qui refusait que les bons chrétiens portent des vêtements ostentatoires ou fassent preuve de fantaisie…)

Chaque petit chapitre raconte l’histoire d’un vêtement, qui a révélé à la narratrice une part d’elle-même lorsqu’elle l’a porté. La tenue fait tellement corps avec cette femme qu’elle devient comme constitutive de sa personne, relique intime de chaque moment vécu.

 

Des éclats brut de sa vie surgissent, des souvenirs font surface. Des rencontres masculines, bien sûr, tout en gestes et émotion. La séduction du « garçon des falaises » aux îles Shetlands : « toute cette blondeur, toute cette rousseur si bien s’accordaient à la beauté de l’ami des oiseaux dont il ne possédait pas les ailes, certes, mais leur silence et leur charme aérien ».  Le trouble créé par l’amant de la parure soie de sienne : « à peine sentais-je ses mains et l’équerre de ses jambes, toute sa houle amoureuse se frayant passage dans nos soies mélangées. »

 

Le temps passe, et la petite fille est toujours présente dans la femme vieillie à la robe cerceau de toile blanche, « une robe de Pierrette lunaire, de Petrouchka naïve, de candide Arlequine ». C’est le passé, la nostalgie que nous content les pièces de la garde-robe, qui sont moins des bouts de chiffon que des parcelles d’éternité.

 

http://www.arlea.fr

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