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Bernard Vargaftig, poète

jardins père.gifDans les jardins de mon père (DVD)
Valérie Minetto et Cécile Vargaftig
L’aveu même d’être là (Le livre du film)
Textes de Bernard Vargaftig
Au diable Vauvert, 2008

(par Myriam Gallot)

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un père poète. Valérie Vargaftig fait partie de ce happy few. Elle nous conte ce père, si singulier, dans un film biographique fait de tendresse et douceur, de patience et beauté : « Dans les jardins de mon père ».

L’histoire de Bernard Vargaftig est celle de son siècle, une famille d’immigrés juifs ukrainiens pris dans la guerre, l’exode, la fuite, puis acculés à la clandestinité autour de Limoges. Cécile retourne avec son père sur les lieux d’enfance, la matrice imaginaire du poète et lui demande de raconter le passé, le présent, et surtout la poésie qui fait le lien.

Les poèmes de Bernard Vargaftig sont tous autobiographiques. Le vers « L’aveu même d’être là » pourrait résumer l’existence du poète, cette parole du survivant – il a échappé, à un jour près, au massacre d’Oradour-sur-Glane - donne son nom au livre qui accompagne le DVD dans un joli coffret. Pas question pour autant de se complaire dans le souvenir, car « ceux qui n’ont pas oublié vraiment ne pouvaient plus vivre ». « Ce que je n’ai pas oublié, c’est devant moi, c’est pas derrière. (…) Mon enfance, si on pouvait la toucher, elle est devant moi, je vais vers l’enfance, elle est pas au passé, c’est quelque chose de très profond en moi » confie le poète à sa fille.

Et ça marche. Cette poésie réputée hermétique, difficile, prend sens, s’incarne, se vit. Le film, né de la connivence du poète, de sa fille et de la réalisatrice Valérie Minetto, réussit ce petit miracle. La voix de Bernard Vargaftig, sa scansion de ses poèmes qui ponctuent le film, sont saisissantes. Les images de nature, moins illustratives que sensibles, interprétations aussi posées et immuables que le poète, convient à un apprentissage de la lenteur du temps poétique. Cette découverte d’un grand poète et d’une œuvre poétique se mue en invitation à la lecture. Le livre « L’aveu même d’être là » apparaît comme une nécessité après avoir vu le film.

Et puis il y a ce passage éblouissant où le poète explique à sa fille comment il crée un poème, à l’oreille plus qu’à l’image (« je ne vois rien, j’entends »), travaille les mots comme une matière à sculpter. Démonstration en acte, il déploie vers par vers, mot par mot un poème en cours d’écriture. Il est extrêmement rare d’entrer ainsi dans l’intimité de la création. Le film, fait avec la participation complice du poète, s’approche de ce mystère, la poésie, qui s’incarne en l’homme, « cherche à construire quelque chose de vivant », et à exprimer comment il peut « vivre aujourd’hui ».

Un travail essentiel, nécessaire, car « tant que les hommes auront une gorge, une langue et parleront, on n’en aura pas fini de la poésie, elle fait partie de l’humanité. »

http://www.audiable.com

Un colloque consacré à Bernard Vargaftig au centre culturel de Cerisy, juillet 2008.
http://www.ccic-cerisy.asso.fr/bernardvargaftig08.html

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