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Dix-huit journées à oublier

rupertthomson1.gifThe Book of Revelation
de Rupert Thomson -
Bloomsbury, 2000

Rupture - Stock, 2001
traduit de l'anglais par Bernard Turle

 

(par B. Longre)

 

La ville d'Amsterdam ne cesse d'inspirer nombre de brillants auteurs, de Ian McEwan (Amsterdam) à John Irving (Une veuve de Papier), jusqu'à Rupert Thomson qui signe là son sixième roman. The Book of Revelation narre avec précision l'épopée identitaire et urbaine d'un homme dont on ne connaîtra jamais le nom. Mais ce que le narrateur révèle de lui-même est de loin plus essentiel qu'un simple prénom : cet homme, jeune danseur anglais, chorégraphe déjà talentueux, vit à Amsterdam depuis quelques années. Tout bascule le jour où il croise trois femmes en noir qui l'enlèvent puis le retiennent prisonnier, enchaîné, dix-huit jours durant, dans une pièce nue ; homme-objet à la merci de l'humeur imprévisible de ses tortionnaires masquées, il subit les pires humiliations psychologiques et sexuelles alors que, dans le même temps, elles lui prodiguent un dévouement méticuleux et vouent pour son art et son corps de danseur une adoration perverse. Dès lors, ces dix-huit journées formeront un trou béant dans l'histoire de sa vie (une absence que sa compagne considère comme un abandon), une frontière qui séparera irrémédiablement passé et présent.

Le style de Rupert Thomson est percutant, précis et se complait dans le détail : un cheveu de femme, un filet de lumière sur le sol, le reflet d'un oeil contemplé dans un morceau de métal... Toute description est prétexte à l'exploration d'une conscience et d'une individualité qui se sent comme morcelée. Car cette "absence" a provoqué une déchirure intérieure, l'effondrement d'une réalité auparavant palpable et construite. Sa détention se fait métaphore, comme si cette épreuve, deuxième naissance ou baptême obscène, offrait au narrateur l'opportunité de devenir autre, de se métamorphoser, de prendre conscience de ce corps qui le définit et le délimite, et d'effacer sa vie d'avant l'enlèvement. C'est la deuxième partie du roman qui analyse ces changements profonds, post-traumatiques : le danseur voyage, court le monde et tente de se fuir lui-même, de s'oublier dans la contemplation d'autres cultures. Pourtant, de retour à Amsterdam, les souvenirs ressurgissent et il part à la poursuite de ses trois kidnappeuses, et c'est cette obsession qui emplit alors l'intrigue...


The book of revelation n'est ni un thriller ni un roman policier, même si le lecteur n'hésite pas à entrer dans le jeu : l'auteur ne cherche nullement à appliquer des recettes ; rien n'est prévisible et l'histoire est parsemée de nombreuses incongruités ; des invraisemblances qui importent peu, en fin de compte, tant la quête du danseur est haletante, impalpable, et tant ce roman à la texture subtile et fuyante brille de l'intelligence de son auteur.

 

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