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Est-ce bien possible ?

cbourgeyx3.jpgDes gens insensés autant qu’imprévisibles

Claude Bourgeyx

Le Castor Astral, coll. « Escales des lettres », 2008

 

 (par Christophe Rubin)

 

 Des gens insensés autant qu’imprévisibles est un recueil de nouvelles. Claude Bourgeyx semble vouloir y explorer les potentialités extrêmes de certaines types de personnalités, de situations ou de projets. On passe ainsi, presque insensiblement, du quotidien banal à un enchaînement d’actes inédits, insensés, presque absurdes, presque invraisemblables…

Pourtant, l’écriture de ces nouvelles, volontairement plate, factuelle et endossée par un narrateur crédible, nous interroge : rien n’est totalement impossible... C’est extraordinaire et parfois effrayant, mais finalement pas davantage qu’un fait divers ou que certains accidents de l’histoire d’une société. Si fantastique il y a, ce n’est pas celui qui rendrait floue la limite entre le naturel et le surnaturel, entre le scientifiquement possible et l’inexplicable, mais plutôt entre le réel psychologique ou social qu’on croit connaître et celui qu’on n’avait pas encore imaginé comme possible dans de telles extrémités. C’est peut-être un peu l’esprit de l’émission de télé-réalité belge « strip-tease », mais sous forme de fiction littéraire et sans exclure la mort et les dérèglements mentaux ou sociaux les plus inquiétants.

La nouvelle qui donne son titre au recueil raconte l’histoire d’un homme jeune, qui semble assez marginal. On finit par s’habituer malgré tout à sa personnalité et à le trouver, sinon sympathique, du moins inoffensif et légèrement pitoyable, familier en tout cas. Comment croire que c’est lui qui est à l’origine de la disparition du chat des voisins, qu’on avait oublié jusqu’à ce que notre personnage principal retrouve les restes de l’animal dans son réfrigérateur, quelques jours après lui avoir donné un coup de hachoir ? Et rien ne l’empêchera apparemment de faire subir un sort similaire au petit garçon d’à côté, dont le bruit l’agace autant que les miaulements du chat. Ce n’est donc que cela, un psychopathe ? Le récit attendri et désabusé des parents – en complément de la narration principale focalisée sur le personnage central – nous avait égaré, jusqu’à ce que le décalage extrême entre les deux récits ait tout de même fini par disqualifier celui des parents, qui nous était pourtant devenu familier et a priori recevable.

Toutes les nouvelles du recueil interrogent justement cette question de l’écriture du récit – en brouillant les limites entre le réel, le réaliste et l’irréaliste – avec des personnages écrivains ou auteurs de scenarii, pour leur propre vie parfois, ou plutôt pour la mort de l’un ou de l’autre, puisque le macabre, l’humour noir, le mauvais goût voire l’acide dominent. C’est néanmoins souvent très drôle, comme ces personnages vexés après avoir entendu la lecture d’un texte dont l’auteur s’est servi pour régler ses comptes, en rappelant à chacun ses pires défauts… à l’occasion de son propre enterrement où son texte devait être lu : c’était l’occasion de dire publiquement à chacun ce qu’il pensait de lui sans qu’il puisse décemment se dispenser d’écouter jusqu’à la fin et sans qu’il puisse non plus répliquer…

Mais le motif fédérateur de la mort peut toutefois avoir des résonances plus graves. Certaines de ces nouvelles ne se dispensent pas d’interroger l’évolution possible de la société actuelle. La balle au front, dans une atmosphère de fête foraine, évoque un jeu tragique – et ironique comme il se doit – dans lequel il pourrait être question, si l’on ne rêve pas, d’un stand où l’on devrait tirer, au choix, sur un jeune délinquant, sur un chômeur en fin de droit ou sur un étranger en situation irrégulière. Est-ce bien possible ?

http://www.castorastral.com

 

 

 

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