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« Un écrivain frustré » ou San Antonio en Sorbonne

2903.jpgFaut pas pisser sur les vieilles recettes, San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque
Françoise Rullier-Theuret

Academia Bruylant, Louvain-la-Neuve, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Dans Bérurier au sérail, Frédéric Dard invente un pays qui, par « dérivation suffixale », n’est pas très éloigné, lexicalement parlant, de ses voisins : le Kelsaltan. Le « travestissement graphique » est à la base d’un système de variations diverses, puisque « la capitale s’appelle Kelsalmecque et les habitants […] les Kelsaltipes », et que, selon une « mécanique linguistique répétitive et systématique », se multiplient les calembours loufoques : « L’Iman Komirespir, l’émirat d’Aigou, l’émir Obolan, l’émir Oton, l’émir Akulé, l’émir Ab El, l’émir Ifik, l’émir Liton »…

Ce n’est qu’un exemple visant à montrer que l’ouvrage de Françoise Rullier-Theuret, qui est une étude universitaire, n’est jamais ennuyeux ; cela est évidemment dû au sujet lui-même, les aventures de San-Antonio relevant de la littérature burlesque, mais aussi à la manière dont ce sujet est traité. Voyez les titres, à commencer par celui du livre, tous empruntés aux œuvres complètes du fameux commissaire (« Mézigue en tartinant, ta pomme en lisant, complices, hein ? », ou bien « Ce que vous ne voyez pas à l’étalage se trouve à l’intérieur »), titres dont les résonances littéraires sont prolongées par des sous-titres plus explicites, ou plus savants (l’énonciation, les recettes du roman populaire, les textes liminaires etc.).

 

Faut pas pisser sur les vieilles recettes examine les romans de San-Antonio / Frédéric Dard sous toutes leurs facettes, les passe au crible de l’analyse linguistique, stylistique, littéraire : la narration, ses stratégies et ses structures, le dialogue narrateur-lecteur, la création verbale, les descriptions, les marges du texte, les digressions, la critique, l’intertextualité, les « recettes » du roman populaire et du faux roman policier, la parodie, le comique, la dérision, le second degré, les références culturelles, tout s’appuie sur une lecture précise et plurielle des textes (ce qu’annonce le nom de la collection : « Au cœur des textes ») pour déboucher sur le plus paradoxal, le plus intéressant des constats : Frédéric Dard aurait voulu être un écrivain reconnu comme tel, « il rêve de décrocher un prix littéraire, il rêve d’être publié chez Gallimard », mais « son désir de reconnaissance officielle doit se contenter de simulacres ». Faux marginal, faux iconoclaste, il est « un écrivain frustré », « hésitant entre l’autodérision et l’autocélébration ». Conclusion qui mérite réflexion. Bref, n’est pas Rabelais, Céline ou Queneau qui veut, mais reconnaissons-le, la lecture des Aventures du commissaire Sant-Antonio procure un plaisir tout azimut et – marque de l’art consommé de Frédéric Dard – s’adresse à tous les publics, populaires et intellectuels. Ce livre en est la preuve.

 

http://www.academia-bruylant.be/

 

http://dard.si2v.com/

 

Commentaires

  • Bienvenue à la nouvelle version de Sitartmag.
    Envie de tout lire, c'est normal ?

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