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16/10/2008

Nous aimons avec un cerveau d’enfant

cata.gifPourquoi nous aimons les femmes

de Mircea Cartarescu,

Nouvelles traduites du roumain par Laure Hinckel

Denoël, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Pourquoi, vraiment ? Peut-on répondre autrement que par la pirouette finale qui, entre autres merveilleuses raisons, clôt le livre : « Parce qu’elle sont des femmes, parce qu’elles ne sont pas des hommes, et rien d’autre » ? Dans cas, le double « parce que », et même le « rien d’autre » sont développés par anticipation, illustrés par l’expérience, dans les vingt nouvelles qui précèdent.

 

Ces vingt nouvelles mettent scène, dans le style métaphorique et saisissant de Cartarescu, des rencontres inoubliables, telle celle de cette « jeune Noire » qui « n’était pas belle, mais […] représentait l’exacte image sensible de la beauté » et qui fascine tout un wagon du métro de San Francisco, ou celle de la « Bombe en or », sorte de déesse antique et mythique, image de « l’idéal de beauté de presque toute l’humanité », fixant le regard dévorant des hommes et des femmes nus rassemblés sur une petite plage d’été.


 

Cartarescu 2.jpgEntre ces deux évocations, circulent ces créatures adorées de loin ou de près, fugacement ou longuement, souvenirs marquants du corps, du cœur, de l’esprit et de l’âme. Les femmes sont la diversité même, et leur présence suscite toujours la grâce, même si leur apparence est disgracieuse. Petrutza, par exemple, malgré sa peau olivâtre et ses cheveux huileux, accomplit des miracles ; il y a aussi cette « nabote » rencontrée à Turin, et qui paraît reconnaître le narrateur confus en l’appelant par son prénom, « Mircea »…

 

Mais entre toutes, « la plus merveilleuse femme au monde est celle qui vous aime vraiment et qui vous aime également », celle dont la constante intimité est un bonheur toujours renouvelé. Car il y a « deux sortes de bonheur » : celui qui, confinant à la transcendance, donne sens à la vie, et celui qui, sans être méprisable, dépend des biens d’ici-bas. On aura compris que ces nouvelles ne sont pas de simples récits tirés de la mémoire de l’auteur (un Mircea Cartarescu qui, soit dit en passant, n’hésite pas à se présenter en personne comme témoin, narrateur, acteur), mais aussi des méditations fortement teintées de poésie, mêlant la sagesse et la passion, et dont le centre de gravité est toujours celles que « nous aimons avec un cerveau d’enfant ».

 

 

http://www.denoel.fr/Denoel/

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