Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Nos morts

lgaude3.jpgLa porte des enfers
Laurent Gaudé

Actes Sud, 2008

(par Madeline Roth)

 

Ne pas lire les quatrièmes de couverture. Règle d’or. L’entrée dans le dernier roman de Laurent Gaudé se fait peut-être à cette condition. Les premiers chapitres glacent et embarquent, torturent le ventre. Raconter les premières scènes – et même, tenter de « résumer » le livre m’apparaît assez impossible depuis quelques jours, depuis que traînent en moi les rues de Naples et la voix de Matteo.

« Tout ça, ce sont des histoires pour enfants, dit Matteo en regardant le sol avec dureté. Les morts ne remontent pas, professore.
- Non, effectivement, répondit le professore avec un calme égal. Mais vous pouvez descendre, vous. »

A la fin du récit, quelques lignes en italique. Laurent Gaudé dit qu’il a écrit ce livre pour ses morts. Et la littérature a fait le reste, puisque nous le lisons pour les nôtres. « Le monde des vivants et celui des morts se chevauchent » et cette frontière, palpable à chaque instant, Laurent Gaudé l’a dessinée dans une Naples crépusculaire, habitée d’âmes étranges dont les douleurs viennent se loger dans la chair des mots âpres, des rues sales, du café magie Da Bersagliera et des larmes de Grace. Le roman est tout entier porté par le décor assourdissant de la ville de Naples en 1980, à la veille du tremblement de terre.

Si Matteo descend aux enfers, si Pippo passe la porte de l’hôpital, c’est parce qu’« il faut vivre. Et c’est tout. Mais je peux achever ce qui est resté bancal. Je peux apaiser ce qui est resté brûlant ». Récit âpre et violent, en même temps que solaire et délivré, La porte des enfers navigue sans cesse et somptueusement entre deux mondes aux limites poreuses. Laurent Gaudé est allé ouvrir l’évidence silencieuse que l’on referme en posant le livre. Les morts vivent vieux dans les corps des vivants.

« Je suis comme les autres au fond, espérant déposer en ce lieu mes douleurs et connaître un peu de réconfort. Je viens avec mes plaies et je demande le soulagement ».

Les commentaires sont fermés.