Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/09/2008

La fin est trop belle ?

jpnoziere10.jpgTu peux pas rester là de Jean-Paul Nozière - Thierry Magnier, 2008
 
(par Madeline Roth)

Jean-Paul Nozière découpe parfois des faits divers dans les journaux. Il fait aussi des livres sur le terreau le plus friable qui soit, la somme des lâchetés et des silences. A Sponge, la ville qu’il a imaginée, on croise au fil de ses textes des enfants, des adolescents qui n’aspirent qu’à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Leur combat, c’est peut-être avant tout celui-là. Comprendre, creuser dans les silences des adultes ou du monde autour, avant même de se battre ou d’abdiquer.


« Je m’appelle Mei. Je suis chinetoque, la sœur de Momo, la fille de madame Rosa, la copine de Tom et plus tard je serai Présidente de la République Française ».

Tu peux pas rester là se déroule donc à Sponge, aujourd’hui. Meï a dix ans, elle est née en Chine. Elle vit ici depuis six ans, avec Hua, sa mère, qui rembourse encore, en travaillant jour et nuit dans un atelier de confection, le voyage de la Chine jusque là. Le récit débute dix jours avant la rentrée en CM2. Meï aimerait être dans la même classe que Tom et Léo qui ne la quittent plus depuis la maternelle et qu’elle épousera tous les deux. Mais Meï et sa mère vont découvrir ce que veulent dire les lettres O.Q.T.F mises bout à bout – Obligation de Quitter le Territoire Français.

Pour qui garde en mémoire Nous sommes tous tellement désolés, l’entrée dans le dernier texte de Jean-Paul Nozière se fait plus « légèrement». Tu peux pas rester là est tout entier porté par le rire, le courage et l’insouciance de cette petite Mei. Et puis le texte bascule, et au milieu de récit, il y a cette scène terrible entre Antoine et Maxime, deux gendarmes qui mènent l’opération d’expulsion. Deux hommes, collègues, amis, pères, qui vont s’affronter. La désobéissance de l’un deux vient alors s’ajouter au courage de Mei.

C’est un livre. « Une fiction », prévient l’auteur en préambule. La fin est trop belle ? Alors « Imaginez la fin que vous souhaitez. Il y a une fin que vous refuserez d’évoquer, parce que vous la détestez ». Jean-Paul Nozière a voulu ce « cri d’alarme et de colère ». Aux lecteurs de s’en emparer.

« Une vie, ça consiste à se dire, quand on arrive comme moi dans sa dernière partie, qu’on laisse derrière moi un monde meilleur, puis à se poser la question de ce que soi, on a fait pour rendre ce monde meilleur, quelle pierre on a apportée pour y arriver. Et je me dis que le temps d’écriture qui me reste, je n’ai plus envie de le passer à abdiquer ».

C’était les mots qui refermaient l’entretien de Jean-Paul Nozière avec Jean-Baptiste Coursaud, en 2005. En lisant Tu peux pas rester là, il est évident que Meï a quelque chose d’Aïcha, dans Maboul à Zéro (Gallimard, 2003). Au lendemain des élections présidentielles de 2002, Jean-Paul Nozière avait déposé dans les mains d’Aïcha le trésor que peut être la « conscience politique », et à travers le combat de cette adolescente, il avait donné l’un de ses plus beaux textes, de ceux qui placent l’espoir, l’énergie et l’enfance au devant de tous les renoncements. Avec Tu peux pas rester là, Jean-Paul Nozière continue d’apporter sa pierre. Et il le fait avec un texte qui dit l’espoir et le combat. Qui les chante, les danse presque. Il y a des livres nécessaires, et beaucoup de ceux qu’écrit Nozière le sont, peut-être juste parce qu’ils disent souvent les choses que l’on préfère taire, et que face aux peurs, aux hontes et aux obscurités, il est des voix d’enfants qui s’élèvent pour « affronter la vérité de l’histoire ».

 

 

du même auteur, entre autres :
Nous sommes tous tellement désolés T. Magnier, 2007
Echec et rap (Nathan poche, 2007)
Là où dort le chien (Gallimard jeunesse, 2006)
Billi Joe (T. Magnier, roman adultes, 2004)
Tu seras la risée du monde (Martinière jeunesse, 2004)
Maboul à Zéro (Gallimard Jeunesse, 2003)

Lire aussi Entretiens de Jean-Baptiste Coursaud (T. Magnier, 2005)

jpnoziere.com

editions-thierry-magnier.com

Les commentaires sont fermés.