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10/10/2008

Sans qu'il soit dit

fa110c0dfa.jpgLa seconde surprise de l’amour
Marivaux

Mise en scène de Luc Bondy
Théâtre des Célestins, Lyon
Du 8 au 26 octobre 2008

(par Nicolas Cavaillès, octobre 2008)

Partition féconde, impeccablement interprétée, que cette Seconde surprise de l’amour de Marivaux, ciselée chez Luc Bondy d’une ironie acide et très cocasse, jouant de sa sobriété noire et blanche pour mieux faire éclater les couleurs ahurissantes qui sont celles de l’âme humaine quand elle est, bien malgré elle et sans qu’il soit dit, heureuse, installée dans le monde, chez elle jusqu’à se permettre d’être douillette.


Il faut alors tout un art de dire ce qu’on ne veut pas dire en ayant l’air de le dire sincèrement mais en disant tout de même ce qu’on aurait vraiment voulu dire, tout un art de l’argutie amoureuse dans lequel force est de reconnaître la supériorité du sexe faible, auquel les ébats efféminés et changeants du Chevalier rendent superbement hommage.

Six comédiens de très haut niveau portent sans faire de bruit cette comédie du langage vicié et se rient tour à tour du désespoir et de sa complaisance, de l’ennui et de sa théâtralité, de la culture et de sa lenteur, et, bien sûr, de l’amour et de ses manières… Luc Bondy fait clairement entendre le ridicule du langage précieux de l’amour, ses feintes grosses comme des maisons et ses confessions de polichinelle, tout en en restituant avec originalité le pesant silence socio-culturel qui environne cette délicatesse excessive, et en en décuplant les puissants coups de folie qui le menacent toujours, pour le grand bien de tous ; les non-dits, tellement éreintants, ne font ici qu’ajouter de l’intensité à la plaisante explosion qu’ils déterminent – sans qu’il soit dit, il va sans dire.

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