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Les débuts sont des moments délicats

tgornet3.jpgJe n’ai plus dix ans
Thomas Gornet
Neuf, L’école des Loisirs, 2008

(par Madeline Roth)

« Il y a un film de science-fiction qui commence dans les étoiles. On les voit s’allumer une par une. Et ensuite une tête de femme apparaît, comme si elle flottait dedans. Et elle dit : « Les débuts sont des moments délicats ».

Je n’ai plus dix ans est le deuxième livre de Thomas Gornet, après Qui suis-je ?, publié dans la collection Medium de L’Ecole des Loisirs, en 2006. Ce premier livre avait déjà ce goût de terre, de cour d’école, de bleus au genou. Il y a des auteurs qui parlent de l’enfance comme s’ils n’en étaient jamais tout à fait partis. Pas quelque chose posé à côté, dissonant. Et puis il faut voir Thomas Gornet sur scène aussi, pour se remplir d’images.

Au début du texte, Kaï a seize ans et neuf jours. Trois sons autour de lui, et deux couleurs. Quand on referme le livre, on relit le premier paragraphe. Obligé on pleure. Au début du texte, Kaï a seize ans et se souvient, six ans auparavant. Un petit garçon aujourd’hui qui joue sur une plage. Ce qu’il raconte tient en quelques mois, et peut-être que c’est là-dedans, juste, qu’il a grandi.

« J’ai l’impression d’être dans un film policier quand on explique tout à la fin. Je regarde la fenêtre de la cuisine, là où on a collé tous les autocollants d’animaux qu’on trouve dans les petits-suisses aux fruits. Je me pince le nez ».

Kaï a juste envie qu’on lui dise la vérité, que ses parents, que son oncle, arrêtent de le prendre pour un enfant qui ne peut pas comprendre. Kaï est peut-être amoureux de Sidonie, mais qu’est-ce qu’on fait d’un amour, à dix ans, quand les grands qu’on aime ne sont pas capables de parler ?

Je n’ai plus dix ans est rempli d’images. Dos à la forêt de pins et face à l’océan. Un restaurant chinois gare Montparnasse. Dans les rues de Strasbourg, deux par deux. J’ai retrouvé les sensations éprouvées à la lecture de Qui suis-je ?, et tout de suite après, le danger qu’il y a à découper un livre en quelques mots-clés qui feraient fuir la plupart de ceux qui, justement, ont pris soin de laisser l’enfance enfermée quelque part.

C’est drôle. Dans le dernier chapitre, Kaï est dans le train qui le ramène chez lui. On lui a dit la vérité, et Kaï sait qu’il a grandi. Qu’il a sans doute fait grandir aussi les adultes responsables qui jusque là lui mentaient. On ne finit jamais de grandir.
« Avant de rentrer dans un tunnel, le train siffle. Un long sifflement qui s’engouffre avec moi dans le noir et qui ressort, très loin, dans un éclair jaune et blanc ». Dans la dernière scène de Pas raccord (Stephen Chbosky, Exprim’, Sarbacane), Charlie grandissait comme ça aussi. A la sortie d’un tunnel. Ce qu’il y a de bouleversant dans le livre de Thomas Gornet, c’est la force des sensations. Les phrases courtes comme des gifles, la musique direct dans les oreilles, les gens dans la rue. Des détails qui n’en sont pas quand on sort de la lecture tout remué. Les lumières dans la salle se rallument. Waouh. 

http://www.ecoledesloisirs.fr

 

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