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L’amour "global"

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La fille du papillon, d'Anne Mulpas
Sarbacane, Romans Exprim’ 2006
à partir de 13 ans

(par Blandine Longre)

« Ce n’est pas un banal coup de foudre, ce n’est pas une bête histoire d’amour. Non, non et non. C’est autre chose », écrit Solveig dans le journal intime qu’elle a choisi d’écrire, en dépit de ses principes… car elle a enfin quelque chose à raconter et à confier depuis qu’elle a rencontré celui qu’elle baptise d’emblée « le Monde », le garçon qui va prendre désormais beaucoup de place dans ses pensées et dans sa vie.

Elle se veut fidèle à cet idéal amoureux (elle apprendra évidemment que la réalité et ce qu’on s’imagine divergent souvent), se définissant en opposition à son père, le fameux « papillon » du titre qui va de femme en femme sans s’y arrêter bien longtemps.

Ce roman de l’intime, ouvertement décalé, met à jour les failles d’une existence singulière, qui abonde en « grains de sable », de ceux qui enrayent les plus belles machines : une mère morte quelques mois plus tôt, dont l’absence pèse paradoxalement très lourd, une éventuelle future belle-mère que la jeune fille a peur de voir s’installer trop vite, les errances de la Ni, son amie qui s’est donnée au premier venu, la gaucherie puis les accès/excès autoritaires d’un père un peu dérouté par sa fille, sans parler des conflits… «mondiaux» qui bouleversent, justement, jusqu’au sens même de l’existence et lui font goûter à la noire solitude, dont les « dents injectent dans le cœur, pire qu’un poison, un froid inconnu, intolérable. »

S’il faut lire un seul roman (faut-il dire « pour adolescent » ?) ces jours, c’est bien La fille du papillon. Anne Mulpas a su capturer la nature entière, expansive et changeante d’une jeune fille au «cerveau » parfois « tout ébouriffé », à laquelle on s’attache dès les premiers mots, et dont on suit avec bonheur ou inquiétude les sautes d’humeur, les joies et les désespoirs, les sursauts d'espoir et les oppressantes colères – pourtant jamais quelconques. Solveig est certes une «adolescente» mais il serait fort dommage de réduire le personnage à cette seule construction socio-psychologique typiquement adulte… Elle est humaine avant tout, une humaine qui tâche d’avancer comme les autres, de se libérer de ces grains de sable qui peuvent se faire montagnes, et s’efforce d’ouvrir les portes qui ne cessent de claquer devant elle. La prose spontanée (et toutefois très ouvragée, qui flirte souvent avec le poétique et le métaphorique), parsemée de petites notes, de chansons, de références littéraires aussi, ou de dialogues enlevés, d’attentes sans fin et d’hésitations, ne contient pas l’ombre d’un cliché et la voix de Solveig fait indubitablement partie de celles qui restent longtemps en mémoire, comme une petite mélodie lancinante que l'on fredonnerait instinctivement.

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