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09/10/2008

Explosion originelle

acc-photo-soleil.jpgLe soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face
de Wajdi Mouawad
Mise en scène de Dominique Pitoiset
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
Du 8 au 11 octobre 2008

(par Nicolas Cavaillès, octobre 2008)

C’est au lyrisme originel, au lyrisme intense et monologique des grands mythes et des tragédies d’Eschyle, que le dramaturge libano-franco-canadien Wajdi Mouawad s’en est remis, pour retracer l’épopée trans-générationnelle des descendants de Cadmos, Laïos et Œdipe.


Lyrisme oriental aussi neuf qu’ambitieux, dans sa volonté de raviver des mythes que les trois génies tragiques grecs ont élevés à la splendeur de statues blanches et intouchables. Lyrisme plus neuf et plus ambitieux encore lorsque Dominique Pitoiset l’encadre d’une modernité impatiente et hargneuse.

De l’alphabet phénicien à Freud, de Zeus à Mao, du Sphynx à l’ordinateur, l’humanité défile, et c’est une longue errance noire et rouge, gorgée de sang, de guerre et d’infâmie. La guerre et l’exil, telle est l’humaine condition, depuis nos origines de pantins des dieux jusqu’aux meurtres fratricides, entre hommes, de l’ère contemporaine. L’humanité défile ainsi, mais c’est aussi une quête, quête de soi, quête de l’homme en tant qu’il ne saurait pas n’être qu’un monstre – il faut flatter cette incertitude.

La mise en scène est ludique, honnête, sans fard ; la vérité reste l’objet du théâtre, vérité que Dominique Pitoiset fait remonter beaucoup plus haut que Brecht, au terme grec même « theatron ». À l’instar du jeu dynamique et appuyé des comédiens, les éléments plus ludiques du spectacle, venant contrebalancer un texte se déversant comme un flot dense de métaphores tailladées, divertissent beaucoup et séduisent souvent, dans l’atmosphère new age amusée que reconstituent synthés, graphisme de bandes dessinées datées, et costumes d’une modernité « jeune » bien caricaturale – l’humanité défile et tout prend de l’âge, décidément, tout se perd, rien ne se crée, on se transforme tant bien que mal, en piètre marionnette.

À l’heure où l’œuvre de Wajdi Mouawad bénéficie d’une engouement gagnant même Avignon (il y sera l’Invité du festival 2009), ce spectacle riche et original, contenant de belles trouvailles, donne une belle étendue de la puissance d’évocation du dramaturge, tout en exportant en France, dans le traitement fait du texte, un semblant de ce dynamisme théâtral décomplexé, fortement télévisuel, qui marque les scènes canadiennes d’où provient Mouawad. Le tout sera peut-être difficilement convaincant, mais sans pousser le divertissement jusqu’à nous empêcher de réfléchir – bien au contraire.

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