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D'arbre en arbre

arno.jpgJe te protégerai, d’Arno - Sarbacane, 2008

 

Le rêve de l’arbre, de Christophe Gallaz, Jean-Claude Götting - Gallimard jeunesse, 2008

 

(par Madeline Roth)

 

 

Alors depuis le mois de mai le livre d’Arno est posé quelque part en attente de quelques mots. Je l’ai relu dix fois, vingt, attentive aux détails, le chat, l’oiseau. Mais il a suffit d’une seule lecture – « c’est la mort, c’est ça ? » - pour tout remettre en cause.

Arno (qui a notamment illustré chez Sarbacane Le souhait d’Idriss ou Le grand fariboleur) est allé chercher l’épure pour cet album. En coupant dans l’image toujours foisonnante chez lui, en lui appliquant de grands aplats de couleur, en ajoutant des traits noirs et des corps transparents. L’écriture aussi est comme éclaircie, filtrée, réduite à ces phrases très courtes, ce rythme lent et posé qui est celui d’un temps dilaté. En se penchant un peu, on devine des traces de journaux dans les murs de la maison et des routes dessinées dans les ombres.

 

« Dans le jardin, il y a un arbre. Dans la maison, il y a un homme. » Au début, tout les oppose forcément : l’arbre est robuste et fier, l’homme maigre et triste. L’arbre s’épanouit quand l’homme vieillit. Les saisons passent sans que l’homme ne les voie. « La lumière est toujours la même. Sombre ». Mais l’arbre insiste pour aider l’homme, ouvrir les portes, l’aider à monter. « Oui, mais… demain alors, demain matin. »

 

Moi je vois la vie, celle qui déserte de temps en temps et qu’il faut revenir chercher patiemment en ouvrant les portes, oui, en laissant entrer les branches et la lumière, oui. Qu’on puisse lire l’inverse m’interroge un moment, et puis les jours passent, et je me dis peut-être que l’essentiel est justement là, dans les silences qui diffèrent.

 

arbre.jpgQuelques semaines après la parution du livre d’Arno, est arrivé Le rêve de l’arbre. Pierre a dix ans et habite une grande ville. Il n’a qu’un ami, et c’est un arbre, un érable au bord de l’avenue qu’il salue chaque jour en revenant de l’école. Une nuit, Pierre fait un rêve étrange. L’érable remue ses racines et s’arrache du sol. Dressé sur ses drôles de jambes, il s’avance jusqu’à son voisin pour lui chuchoter quelques mots. Et bientôt, tous les arbres de l’avenue, dans les rues au-delà et jusqu’aux abords de la ville, s’en vont, quittent l’asphalte pour rejoindre « les anciennes forêts d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et d’Asie qui remplissent nos propres souvenirs ».

 

Au matin, la ville se réveille percée d’énormes trous. « On aurait dit qu’une guerre s’était abattue sur la ville. A l’endroit où mon ami s’élevait la veille, une grande blessure ouvrait le sol ».  Le temps s’écoule – combien ? -, jusqu’à ce jour où les arbres reviennent, retrouvent la mauvaise terre, les eaux toxiques et le béton.

 

« Aujourd’hui j’ai grandi. Je sais pourquoi les villes sont mélancoliques. Elles contiennent la souffrance des arbres qui sont revenus pour les sauver ». Sur la dernière image, ces quelques mots, superbes : « Je m’appelle Pierre, et tous les rêves sont vrais ».

 

Beaucoup d’albums jeunesse parlent des arbres. Si le propos se ressemble souvent, c’est dans le travail d’illustration que se fait parfois la différence. Ici, le choix de l’illustrateur Jean-Claude Götting (qui a donné son visage à Harry Potter, et dont la palette est assez sombre) est souvent décevant, hormis lorsque sont déclinées à la fin de l’album les quatre saisons. Qu’aurait donné ce texte si l’on avait confié les illustrations à Zaü, par exemple ? Zaü, dont les paysages de Première année sur la terre, paru chez Rue du monde en 2003, restent pour moi inégalés. Je regrette vraiment que sur ce très beau texte de Christophe Gallaz, qui réussit entièrement, avec poésie et mystère, à faire peser tout le poids des arbres dans la vie des villes, l’illustration apparaisse comme terne et triste, quand il aurait fallu des incendies.

 

 

 

Bibliographie sélective

L’arbre, Marc Daniau, Seuil, 2007

Auprès de Grand-Arbre, Michel Leydier, Laurent Corvaisier, Gautier-Langereau, 2006

Mon arbre ami, Maia Brami, Ingrid Monchy, Casterman, 2005

Le bois des arbres, Pierre Grosz, Nathalie Novi, Paris Musées, 2005

L’arbre sorcier, Marie-Sabine Roger, Marie Paruit, Casterman, 2004

 

 

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