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Avec Philippe Jaccottet

jaccocepeudebruits.GIFCe peu de bruits de Philippe Jaccottet - Gallimard
(Par Jean-Baptiste Monat)

Philippe Jaccottet a aujourd'hui quatre-vingt trois ans. C'est avec L'Effraie, paru en 1953 chez Gallimard qu'il commenca une oeuvre essentielle de la seconde moitié de ce siècle. Une oeuvre qui trouvait un écho et des appuis dans une génération exceptionnelle de poètes : Du Bouchet, Bonnefoy, Dupin et d'autres auteurs ayant gravité notamment autour de la revue L'Ephémère.

Pour beaucoup d'entre eux (il faudrait ajouter ici les noms d'Armand Robin et Pierre Leyris) la traduction constituait une pratique essentielle d'écriture et de création. Chacun suivant sa voie singulière, un langage et des repères en communs se dessinaient, construisaient l'univers d'un lyrisme capable de survivre au surréalisme et aux impasses de l'avant-garde.

Les représentants de cette génération se font de plus en plus rares. En tête de ce recueil, Philippe Jaccottet dresse un émouvant « obituaire »: tombeau pour quelques figures disparues entre 1995 et 2001. Parmi elles : Louis-René des Forêts, Bernard Siméone, Pierre Leyris, André du Bouchet. Il y a aussi des proches, amis dont les « maisons ouvertes » se sont définitivement closes. C'est surtout une façon de faire et de vivre la poésie que ce livre regrette et perpétue dans sa mélancolie. Ainsi la poétique lumineu se, positive de Jaccottet se teinte de couleurs plus sombres concentrées dans quelques mots ou quelques thèmes : le froid, le « ravin » tout proche, le maladie et « la pluie froide comme du fer ».

jacco1.jpgA se heurter aux signes d'une finitude, à rencontrer dans la mort sa dérision grimacante, l'écriture gagne une intensité que ne ternit aucune emphase. Jaccottet opère toujours avec la même humilité, s'attache aux ombres fugitives qui révèlent plus sûrement une présence tangible dans le langage: « Le reflet des lampes sur la vitre. Poèmes, comme un reflet qui ne s'éteindrait pas fatalement avec nous. » Très peu de retour à la ligne dans ce recueil, le vers s'absente au profit de notations fragmentaires en prose: la poésie se dissimule sous la forme de la chronique, plus modeste et finalement plus adaptée à la tonalité crépusculaire qui émane du livre.

Le dernier chapître intitulé « ...Mais quelques pages encore, lues » témoigne de lectures ayant aidé l'auteur au cours des années difficiles : Handke, Saigyô, Senancour, Leopardi, Kafka. Mais il est encore question de Deguy, Roud, du Bouchet, Góngora , des Forêts. A travers ces noms Philippe Jaccottet célèbre la littérature lorsqu'elle fait entend re « une voix d'autant plus pure que lointaine et peut-être à jamais perdue » et poursuit la recherche de sa voix propre, la note juste qui hors de toute croyance préserve longtemps la magie de l'instant vécu.

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