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19/10/2008

Esquisses funéraires

salog.jpgSalogi’s de Barlen Pyamootoo - Éditions de l’Olivier, 2008

 

(par Nicolas Cavaillès)

 

 « J’entends encore nos cris de détresse et les menaces de mon père, puis ma mère qui lui a dit d’une voix blanche de ne pas nous frapper, que le monde était assez cruel comme ça […] »

 

Avec deux extraordinaires romans (Bénarès, et Le Tour de Babylone), et un film (Bénarès, premier film mauricien), Barlen Pyamootoo semblait mener à merveille sa barque poétique et tranquille : « tout était bien », comme il l’écrit poliment dans Salogi’s – jusqu’à ce que la mort ne vînt accidentellement enlever Salogi, la mère du romancier.

C’est à elle qu’il consacre son troisième roman, fort différent des deux premiers, troquant l’errance géographique pour un parcours biographique, pour un voyage dans le temps et pour une déclaration proustienne d’amour à la mère, doucement encadrée dans la misère de l’île Maurice, loin des clichés touristiques comme de tout exotisme.


Le livre s’ouvre, de manière peut-être un peu déstabilisante pour le lecteur occidental, par un récit des réactions immédiates de la famille de l’auteur après la mort de Salogi, qui fut renversée par un bus. Les affaires familiales sont exposées sans fard ni exagération morbide, l’auteur ajustant d’emblée, dès l’enterrement, la tonalité délicate et sincère, mélancolique et souriante, qui fait l’unicité de ce roman, comme de toute l’œuvre de Barlen Pyamootoo, et qui lui assure une place à part dans la mémoire du lecteur. Une foule de secrets et de souvenirs se déversent déjà dans le double creuset du deuil, d’une part, et de l’éternité, de l’autre ; l’œuvre naît du besoin impérial de raconter la vie perdue, et s’élève bientôt comme une prière blanche, rappelant par son prosaïsme gorgé d’amour et de peine le vibrant Kaddish d’un Ginsberg – le lyrisme en moins.

 

S’ensuit le portrait de la mère, et notamment l’émouvante transcription du petit cahier qu’elle tenait, avant de dérouler toute une vie de misère et de bonté. D’une enfance douce dans le maigre nid de l’île Maurice, Salogi passe à la vie de femme d’un pauvre boutiquier, puis connaît la perte d’un fils, l’émigration et ses douloureuses séparations, et la vieillesse humble venant couronner toute une vie minuscule dédiée au bonheur de la famille. Dans un bel esprit de fusion avec la mère, dont on sent du premier mot jusqu’au dernier à quel point elle lui fut proche, Barlen Pyamootoo ouvre par ailleurs cette biographique sous forme de fragments à quelques éléments autobiographiques bienvenus, d’abord à l’enfant sensible, puis à l’adolescent goûtant la vie de bohème, enfin à l’écrivain d’un monde évanescent – toujours selon une trame éminemment proustienne, même si la voix n’est assurément pas la même, ni, encore moins, le contexte socioculturel.

 

Confession résorbant l’authenticité dans la pudeur, comme les aveux dans la douleur, Salogi’s présente la vie et la mort d’une mère avec une bonhomie et une fraîcheur subtilement, consciemment infantiles, manière pour le fils de lui offrir toute son œuvre, de lui rendre toute la beauté fugitive qu’elle aura déployée en silence.

 

http://www.editionsdelolivier.fr/

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